« la morale laïque risque toujours de s’épuiser » (discours de Latran)

de l’art de manier le test ADN et le goupillon

RAPPEL à celui, loué soit-il, qui fut ministre de l’intérieur et des cultes — 1° Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » ; 2° Prosélytisme, subst. masc. : « Zèle déployé pour répandre la foi, faire des adeptes, des prosélytes ; p.ext., souvent péj., zèle déployé pour convertir autrui à ses idées, pour tenter d’imposer ses convictions » (source : TLFi).

Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. C’est une évidence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger la République laïque, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin vers le Seigneur » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père . Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie politico-médiatique et sur le mystère de la vie après l’Élysée. C’est une évidence

Bien sûr, dans la République laïque, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays : un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République laïque, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. C’est une évidence.

Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République laïque, les religions et l’espérance, c’est que les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés de la République laïque et universelle, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse. C’est une évidence.

Même celui qui, dans la République laïque, affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel : la frénésie de consommation, l’accumulation de biens. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse naturelle des religions naturelles à cette aspiration fondamentale. C’est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement — même si je pense que cette situation est dommageable pour notre pays —, dans la République laïque, une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe surtout une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration au pouvoir infini. Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques du Fouquet’s et finalement à la facilité de Disneyland. C’est une évidence.

La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres : je pense que c’est une situation dommageable pour notre pays. C’est une évidence.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. Dans la République laïque, on n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République laïque à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait (du ministère) de l’Intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais tous les amis que j’ai sacrifiés pour réaliser la mienne. C’est une évidence.

Depuis le siècle des Lumières, la République laïque a expérimenté beaucoup d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Aucune de ces différentes perspectives n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver des facilités matérielles, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens. C’est une évidence.

C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement de ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel, tout en étant chaque jour de plus en plus en quête d’Identité Nationale. C’est une évidence.

Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, je partage l’avis du pape. La République laïque a besoin d’être dirigée par des catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. C’est une évidence.

Sa Sainteté Nicolas Sarkozy, Président pontifical de la République dommageablement laïque de France, discours de Latran, 20 décembre 2007.

PS : Vous êtes invités à aller vérifier que je n’ai (presque) rien modifié du grand-guignolesque discours original, probablement écrit conjointement, dans l’avion qui les emmenait à Rome, par Henri l’homme-africain-vit-au-cycle-des-saisons Guaino et Jean-Marie Bigard (« Je prie dix fois par jour — pour être enfin drôle ? — c’est pourquoi le président m’a présenté au pape, en disant que j’étais quelqu’un de bien et que je remplissais le Stade de France. »)