ni du risque qu’ils prenaient

liste anniversaire

Sentiment (très) gênant que ce que je choisis pour l’une, je pourrais le choisir pour l’autre. Et pas la première fois bien sûr. Et pourtant bien sûr : non vraiment aucun rapport. Ce n’est pas tous les jours qu’on passe une dizaine, et aujourd’hui c’est elle. Alors, ce matin, je suis parti à la librairie : des livres bien sûr, quoi d’autre ? Comment possible que moi, à elle, j’offre autre chose que des livres ? Malgré la promesse cent fois qu’on s’est faite : plus jamais à elle je n’offre des livres, parce que telle fois ou telle autre, elle avait dit après son incompréhension, ou seulement son inintérêt. Malgré ce qu’elle nous avait dit un mois plus tôt, quand c’était exactement l’inverse : elle m’offrant des livres parce que je prenais un an. Moi pour mon anniversaire je ne voudrai pas des livres, elle nous avait dit, dans un sourire. Malgré cela, parce que telle autre fois oui pour une fois le livre avait plu, cent fois on oublie la promesse. Et pourtant. Dix jours plus tôt en vacances ensemble, les conneries que elle, elle avait osé me sortir, sur les livres. Elle. Mais parce que le soir : je n’y arrive plus, depuis plusieurs mois je ne trouve plus de plaisir dans mes lectures. Qu’est-ce je peux faire alors, que dix jours après venir apporter des livres ? Discuter on ne peut pas, pas là-dessus, de longtemps : j’en suis malade vraiment chaque fois qu’elle n’apprécie pas un bouquin que je lui amène. Quand elle les lit. Qu’est-ce que je peux faire alors, que donner à lire et espérer ? Samedi matin librairie, comme souvent mais cette fois-ci pas pour moi : longues hésitations. Il y a les livres dont on ne doute pas. Pas trop. Dont on ne doute pas trop qu’ils vont plaire. (D’eux, les livres, bien sûr on ne doute pas.) Michon fois deux, parce que déjà prêté et fait lire L’empereur d’Occident il y a dix jours, et offert Rimbaud, le fils il y a quelques mois : les deux n’avaient pas déplu, on déploie le filon. On doute un peu plus, mais on n’hésite pas : Novarina, les lumineux aphorismes que depuis un an on voulait lui faire lire (combien de fois je l’ai offert, ce livre, en un an ?). La brûlure Bernard Noël, maladie ; celui-là plaira-t-il, comment savoir, mais comment ne pas prendre le risque. Livres minces. Seulement. Que l’on consume, ou qui nous consume ? Et puis cet étrange livre fait tout entier d’histoires brèves, à lire un peu chaque soir en deux cent vingt-cinq fois pourquoi pas. Rentrer chez soi. Fin d’après-midi je ressors, comme une urgence : un Perec que je sais qu’elle n’a pas, alors que c’est celui-là avant tout qu’il faudrait avoir. Je ne le trouve pas à la librairie à côté, évidemment. (Et pourquoi évidemment, alors que ce devrait être le contraire ? Tout le quartier adore cette librairie. Pas moi.) Je dois aller plus loin, lieu plus sûr, et cet espèce de livre y est. Je m’en vais à mon dîner. J’ai fait ce que j’ai pu. Je ne l’aurais pas fait, pas autant ou pas comme ça, pour l’autre. J’aurais voulu, ou peut-être : je voudrais. Attendre.