substance menacée

« La méfiance vis-à-vis de l’analyse — et déjà le plus souvent, comme on l’a vu à propos de Freud, à l’égard du mot lui-même — va de pair non seulement avec une conception non critique, irrationaliste de l’œuvre d’art, mais plus généralement avec une attitude réactionnaire. L’on imagine que toute la substance est menacée par la connaissance, alors que ce qui lui résiste ne fait ses preuves qu’en se déployant au sein d’une connaissance pénétrante. Les ennemis de l’analyse confondent, d’une manière effective ou fictive, la rationalité — évidente jusqu’au pléonasme — qui caractérise la démarche cognitive, et une conception rationaliste de l’objet qu’il s’agit de connaître ; la méthode est faussement et immédiatement identifiée à la chose dont elle cherche à s’approcher. Le symptôme le plus sûr d’un tel irrationalisme bourgeois qui fait de l’art un domaine à part — complément idéologique de la pseudo-rationalité économique et sociale dominante —, est l’argument stupide et néanmoins inextirpable que l’analyste s’entend automatiquement opposer : le compositeur a-t-il eu conscience des relations mises au jour, étaient-elles voulues ? »

Theodor W. Adorno, Berg, p. 72.