Pour qui je roule

archives débat Médicis (10)

On me pose — gentiment — une question, on me demande « pour qui roulez-vous ? » (et on me fait même part d’hypothèses, qui circulent paraît-il sur mon compte !), dans cette affaire Médicis. Bon, soit : je réponds.

cher P.,

je vous réponds de bonne grâce : je ne « roule » pour personne. Je ne sais pas quoi faire pour vous assurer de ma bonne foi, mais j’ai le sentiment que le simple fait que vous me posiez la question montre que vous seriez assez prêt, vous au moins, à le croire. Parmi les signataires de la tribune que j’ai initiée, on peut compter les gens que je connais personnellement sur les doigts d’une ou deux mains maximum, et à l’exception de François Bon ce sont plus ou moins des « no-name »... (je vous en épargne la liste). Allez, j’ajoute Dominique Pifarély et Leslie Kaplan aux gens que je « connais » et qui ne sont pas anonymes, je les ai déjà croisés une fois ou deux par l’intermédiaire du même François Bon. Aucun des trois ne sont très « karmitziens », vous devez le savoir, non ? Mes prises de position contre l’actuel gouvernement sont constantes et visibles, vous en trouverez de nombreuses traces sur mon site si vous avez encore cinq minutes pour y fouiller un peu. Je me contre-fiche de Karmitz comme de ma première chemise, et les querelles de « camps » au sein du monde parisiano-parisien musical, franchement, j’ai autre chose à faire, chacun son job.

Mais alors, pourquoi, me demanderez-vous ? Goût du débat, peut-être. Esprit de contradiction, non, je ne crois pas. Liberté de parole, oui, peut-être précisément parce que je ne roule pour personne. Avant tout : indignation face à « votre » texte, la forme qu’il a prise (contre Malik Mezzadri notamment, qui est un artiste que j’apprécie), même si je conçois fort bien les raisons très objectives qui font que le monde de « la » musique contemporaine en France se vive comme une forteresse assiégée. Une dernière raison : si je n’avais pas pris l’initiative d’un tel texte, d’autres vous auraient répondu, et ces autres auraient peut-être été les « anti »-musique contemporaine, ils vous auraient accusé de choses aussi injustes qu’était injuste votre texte, au moins à l’égard des trois artistes dont vous regrettiez la nomination. Ces « antis », je les déteste autant que vous les détestez : je n’avais pas très envie de leur laisser la parole.

Toutes les positions que j’ai prises dans ce débat sont en parfaite continuité de ce que, dans mon travail le plus strictement « musicologique » et « philosophique », je veux défendre, à l’aide d’Adorno, à l’aide de Derrida, etc. Là encore, je vous renvoie à mon site, dès que vous aurez quelques minutes, si ça vous intéresse. Après, si vous pensez que ces positions font de moi « l’allié objectif » des karmitziens, à défaut d’en être l’émissaire, eh bien, c’est votre droit, qu’y puis-je — de mon côté, je ne vous ferai pas l’injure de prétendre que je vous crois, par l’intermédiaire de la première pétition, les « alliés objectifs » de la rhétorique d’extrême-droite du Parti de l’in-nocence, et ça n’empêche pas que je trouve non-fortuit le fait que ce parti ait produit un communiqué allant dans le même sens que votre texte. Cette « non-fortuiteté » est, pour moi, un enjeu « théorique » important, un des sujets sur lesquels je travaille, voilà tout. (Je précise que je travaille... pour du beurre : je suis au chômage à partir du 1er septembre prochain, et malgré tous mes efforts aucun karmitzien ne m’a encore rien proposé !).

j’espère que ces éléments de réponse vous conviennent, je ne sais pas quoi dire de plus... Vous pouvez naturellement faire connaître cette réponse à ceux de vos amis qui me croient ceci ou cela (j’avoue que ça m’amuse un peu).

bien cordialement,

benjamin