vaciller, peut-être

archives débat Médicis (8)

Le débat suscité par la petite « affaire Médicis » (1. pétition « musiques en vrac », 2. tribune en réponse sur tache-aveugle.net) a conduit à de nombreux débats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs intéressés, j’entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait naître ici ou là. Il s’agit de texte signés de mon seul nom, ils n’engagent donc en aucune façon les autres signataires de la tribune (et, quand ils proposent une interprétation du texte de cette tribune, chacun est invité à aller la relire pour vérifier que je n’y projette rien qui n’y soit explicite). // 7. Ça a commencé , , , , , et , et ça continue avec la poursuite du dernier échange, commencé et . Cette fois on quitte complètement l’« affaire » Médicis, on va ailleurs, n’en reste pas moins que c’est de là qu’on est parti. Réactions bienvenues.

bonsoir J.-L.,

allez, cette fois je fais court, si si je peux. En style télégraphique, donc :

1. je n’y connais pas grand-chose à Lacan, mais j’aime beaucoup l’anecdote Quignard, qu’on m’avait déjà racontée et que j’avais oublié — merci !

2. (...)

3. d’accord pour dire que métissage des peuples et métissage des arts sont deux réalités différentes, incommensurables peut-être, mais ça n’empêche pas que des mêmes « philosophèmes » puissent être mis en œuvre dans l’un et l’autre cas — ça dépasse le simple « jeu de mot ». Quoi qu’il en soit, je n’en fais pas un paradigme de je ne sais quelle chance : je constate juste que ça se produit, souvent.

4. oui, allergie à tout essentialisme, de plus en plus pour moi (mais en fouillant dans mon site, vous retrouverez facilement traces de l’époque où je mettais des « par essence » à tout bout de champ !), mais je vous rejoins aussi sur l’allergie à la « fonction sociale » de la musique. Et notamment, allergie au discours sur telle musique va avec telle fonction, telle autre musique va avec telle autre fonction, etc. : en permanence on nous fait le coup, à nous, jazz et assimilés. Mais donc oui : des fonctions, plurielles, en degrés divers selon les musiques, et oui bien sûr nécessité vitale, absolument, de préserver celle que vous appelez « traitement de l’impossible », et oui bien sûr cette fonction-là est plus présente dans certaines musiques que dans certaines autres (mais ce n’est pas forcément affaire de genres).

5. optimiste sur la musique contemporaine : pareil, ça dépend des jours. Les temps sont durs. Juste j’essaie d’éviter de trop tomber dans certains discours trop souvent entendus. Notre époque est difficile, mais voit naître des œuvres très fortes parfois, dans différents domaines artistiques, littéraires, etc. Ça n’empêche pas de voir que certaines choses ont changé, incontestablement, depuis un siècle ou deux, en musique et ailleurs. C’est vertigineux.

6. je termine : « art sans œuvres », je disais ça, j’écrivais ça il y a trois ou quatre ans, oui (mon site garde l’archive d’un cheminement de pensée : je ne veux rien enlever, même s’il y a des choses que je ne signerais plus aujourd’hui). C’est un discours que je reprenais (quoique déjà, à l’époque, non sans quelque résistance) de celui qui a été un de mes premiers « maîtres » au sein de la musicologie, celui qui m’a formé sur le terrain « musicologie jazz ». Lui continue de tenir ce discours, mais moi je n’écrirais plus cela aujourd’hui. Qu’est-ce que j’écrirais ? Eh bien... Difficile question. Tout dépend de ce qu’on met derrière le mot « œuvre », si on en fait une « substance » ou une « trace ». Là ce serait trop long, je coupe. En tout cas, oui, je défends une « écriture de l’improvisation », je ne sais pas si c’est avec ou sans lettre : en tant que « derridien », je suis censé tenir en grande suspicion l’instance de la lettre des « lacaniens », son indivisibilité, etc. — mais là je m’aventure sur des terrains que je connais bien trop mal, c’est à mon tour de vous écouter.

bon, je ne sais pas si j’ai fait court ou long, vous me direz — en tout cas j’en termine pour ce soir.

bien amicalement,
benjamin

p.-s. : vaciller ? Mais ça m’arrive tout le temps ! Il faut arriver à faire cohabiter mon surmoi jazzeux avec mon surmoi adornien, je vous assure que ce n’est pas de tout repos... Et rajoutez là-dessus un surmoi derridien, franchement ça n’arrange rien !

p.-s. 2 : plus sérieusement (quoique le premier p.-s. l’était déjà), vaciller, eh bien, on en revient à ce qu’évoquait Quignard : les artistes ne connaissent que ça, le vacillement, la bascule, la désistance, etc. Ça peut se faire sans pathos, bien entendu. Moi je ne suis pas artiste, mais je m’intéresse de trop près à ces choses-là pour ne pas vaciller aussi — à moins que ce ne soit l’inverse : à cause des vacillements peut-être que je me suis dirigé vers ça, je ne sais pas. (Bataille, oui : « ce qui m’oblige d’écrire, j’imagine, est la crainte de devenir fou. »)