Éthique de la discussion : gérer les commentaires sur internet, etc.

archives débat Médicis (5)

Le débat suscité par la petite « affaire Médicis » (1. pétition « musiques en vrac », 2. tribune en réponse sur tache-aveugle.net) a conduit à de nombreux débats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs intéressés, j’entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait naître ici ou là. Il s’agit de texte signés de mon seul nom, ils n’engagent donc en aucune façon les autres signataires de la tribune (et, quand ils proposent une interprétation du texte de cette tribune, chacun est invité à aller la relire pour vérifier que je n’y projette rien qui n’y soit explicite). // 5. Après ça, ça, ça et ça, je termine provisoirement en remettant en « plein texte » certains des commentaires que j’avais laissés sur mon propre site. C’est un peu en désordre, et je m’en excuse (j’ai préféré l’ordre chronologique à celui par « fils » de discussion). Ce fut une curieuse (et difficile, parfois) expérience, que de devoir gérer ce vif débat ici, alors que d’ordinaire ce site ne prévoit pas d’espace pour les commentaires (ça changera peut-être, un jour). Je n’ai pas eu à beaucoup censurer, mais souvent à « recadrer » (comme dit la novlangue) ; j’en ai eu un peu marre à un moment : ça semble difficile, pour beaucoup, d’avoir une discussion sereine et contradictoire. (Sur le blog musiques-en-vrac, il y a même eu de vrais dérapages (attaques ad hominem provenant de courageux anonymes, etc.) : je suis persuadé que les tenanciers de ce blog l’ont regretté plus que quiconque — mais je leur demande, est-ce vraiment fortuit, si le débat s’est déroulé comme-ci ici, et comme-ça là-bas ?) Réactions bienvenues

9 juin 21:15

cher Fabien Lévy,

vous tombez à point, je cherchais justement votre mail, j’espérais rallier votre signature... J’ignore parfaitement s’il y a eu des pressions « politiques », et à vrai dire je crois que ce n’est pas vraiment le problème. (Soyons honnête, il y a toujours des pressions politiques, et en matière de lobbying politique et institutionnel, le milieu de la musique « contemporaine »... hum.) S’il y a eu vice de procédure, pourquoi n’y a-t-il pas eu une pétition dénonçant précisément ce vice ? (Une démission des rapporteurs, en l’occurrence, je ne vois pas en quoi ça fait « vice » : un jury, en général, est souverain, et n’a nullement obligation de suivre les recommandations de rapporteurs — mais je ne connais pas la « procédure » en vigueur précisément à la Villa.) Mais ce n’est pas ce que dit la pétition à laquelle nous avons voulu, le plus calmement du monde, « répondre ». Et ce n’est pas, nous sommes bien d’accord, une question de « styles » : c’est tout ce que nous voulons faire valoir. Nous ne défendons pas deux musiciens « actuels », mais deux musiciens tout court, et même en fait trois en comptant Gilbert Nouno. Reste, dès lors, à savoir dites-vous si la décision du jury est « musicalement » justifiée : mais qui s’arrogera le droit d’en juger ?... Je ne sais pas, pas moi, je n’y prétend pas (même si je peux, en tant que musicologue spécialiste de jazz, apporter des éléments au débat, dans le cas précis de Malik Mezzadri). Et en tout cas, pas ceux qui prétendent disqualifier d’emblée les projets retenus au seul titre de leur non-appartenance à tel ou tel style. Nous n’avons pas voulu dire autre chose dans notre texte. Cela semble un principe assez simple.

bien cordialement,

merci déjà de ce soutien du bout des lèvres, n’hésitez pas à me le faire savoir si vous voulez nous apporter un soutien plus entier — sur le plan des principes.

9 juin 23:29

à Fabien

merci de votre réponse — je comprends parfaitement votre point de vue, bien entendu. En tout cas, bien content de vous lire (ici, ainsi que dans vos commentaires sur l’autre site), fort heureusement que le monde de la « contemporaine » ne fait pas entendre qu’un seul son de cloche ; il y a en effet beaucoup de compositeurs qui n’ont pas signé l’autre pétition, mais quand même à mon goût un peu trop qui l’ont signée, peut-être sans vraiment faire attention (et des grands, dont nous respectons tous le travail). Sentiment de gâchis, pour ceux qui aiment toutes ces musiques à la fois. B.

10 juin 14:11

Être juste

En réponse à votre commentaire, Jean-Jacques, une précision : soyons justes, quelques soient les maladresses du texte des « compositeurs “actuels” », à aucun moment il n’a été fait mention des origines des uns et des autres, dieu merci. Et je veux sincèrement croire qu’en effet ça n’a joué aucun rôle dans leur « indignation ». B.

11 juin 09:11

Machisme, racisme et ségrégation de classe

Cher Jean-Jacques, je n’ai rien contre le fait de s’intéresser à des motivations inconscientes, et je n’ai rien, bien au contraire, contre le fait de lutter contre le machisme et le racisme. Cela fait même partie de mon travail d’universitaire, ce sont des questions qui m’intéressent en tant que musicologue. Mais dans ce débat précis : je trouve plus de force à notre démarche si elle se contente de répondre au texte de la première pétition, et de s’en tenir là. Qui plus est, le but de la présente tribune — et, je l’espère, de la plupart de ses signataires — n’est pas de déclarer la guerre au camp « d’en face », précisément parce qu’il n’y a pas de camp d’en face : tous les artistes exigeants sont dans le même bateau (pour ne pas dire la même galère, par les temps actuels). Enfin, pour vous répondre sur le fond : il est assez notoire que, question machisme, le monde du jazz n’est pas en reste... non ? Il y a en effet encore trop peu de compositrices parmi les compositeurs (malgré quelques belles exceptions) de la « contemporaine », mais il faut bien reconnaître que les orchestres y sont bien plus mixtes que dans le jazz. Mais, encore une fois, je crois que c’est un autre débat. Nous le mènerons donc ailleurs ?

Benjamin

13 juin 16:46

deux correspondances (1)

(…)
réponse, B.R., 11 juin à 15h39

cher Eryck,

merci de ces éléments d’info. Cette petite guerre nous fait mal à tous, et c’est pour dire cela que nous avons pris la plume. Je ne vois aucun inconvénient à votre signature, votre signature « également » — au contraire, je les voudrais plus nombreuses, ces double-signatures : cela permettrait de dissiper les malentendus et les maladresses de la première pétition. On sortirait du camp contre camp. Je reste convaincu que beaucoup ne visaient pas à mal, le dialogue qui s’est instauré dans les commentaires du blog « musique en vrac » en est la preuve, je veux le croire. Cela ne veut pas dire qu’on est tous tombés d’accord, ça veut juste dire qu’on peut se parler les uns aux autres dans le respect et dans l’écoute : immense pas en avant !

Pour (ne pas) vous répondre sur l’autre point : je n’en sais rien, fait du prince ou pas fait du prince, ce n’est pas sur cela que nous avons réagi. Il est évident que de telles nominations sont aussi « politiques », mais elles l’ont toujours été, non ? En matière de lobbying politique et institutionnel, la musique contemporaine n’a jamais été en reste, c’est un fait, je le constate, et à vrai dire je m’en fiche un peu. En matière de soutien public, la musique contemporaine a eu sa part depuis cinquante ou soixante ans, et c’est une très bonne chose : bien sûr, que c’est une musique fragile, fragile si elle ne reçoit pas de soutiens publics. Depuis en gros Jack Lang et les années 80, d’autres musiques ont pu, progressivement, commencer à en profiter. Pour certaines musiques, c’était nécessité vitale : fragiles, elles aussi. Pour d’autres, il faudrait y réfléchir. Où faut-il placer le ou les curseurs ? Je n’en sais rien. Je n’ai pas de chiffres précis en main. Mais qui plus est, ce n’est pas la seule chose importante. Car vous avez raison, il n’y a pas que la question des curseurs : quel lieu d’accueil est propice à quoi, que reste-t-il à inventer, etc. ? La période actuelle est dure pour tout le monde. Il y en aura bien, devant nous, des débats, des engueulades aussi peut-être, nous en connaîtrons d’autres... J’espère que les gens raisonnables comme vous l’êtes seront alors nombreux : comme ça, on aura une chance d’avancer.

Merci encore pour le dialogue, je rajoute votre signature à la liste...

benjamin

15 juin 18:18

L’histoire des polémiques de la Villa Médicis

Ce serait en effet intéressant de pouvoir faire l’historique des « polémiques » que la Villa a connues, à mesure que son champ de recrutement s’élargissait. Une des dates marquantes de cette histoire est bien entendue la réforme Balthus-Malraux, au cours des années 1960 (qui aboutit au décret de 1971). J’ai cru comprendre que l’entrée des cinéastes, en particulier, n’avait pas été sans quelques heurts (« art à vocation commerciale », « divertissement », etc.) — j’ai demandé des précisions à deux collègues universitaires travaillant sur le cinéma (mais pas particulièrement spécialistes de cette période), je vous en ferai part si elles me transmettent des infos plus précises. Et si quelqu’un veut compléter, dans le champ musical ou autre...

(p.-s. : j’allais oublier (alors que F. L. m’en rappelait l’histoire ce matin-même dans un courriel), autre date-clé, pour ce qui est de la musique tout du moins : les échecs répétés de Ravel à rentrer à la Villa.)

16 juin 13:04

Réponse : Désistement de signataires à la pétition honteuse des Musiciens en vrac

Cher Patrice,

je vous rejoins en de nombreux points :

1. l’heure n’est plus à jeter de l’huile sur le feu, le débat semble évoluer vers quelque chose de plus pacifique, de plus constructif, et nous sommes nombreux à nous en réjouir ; 

2. ce qui est fait est fait, bien entendu, la pétition est close et envoyée au ministère, et personne ne va s’amuser à renvoyer une petite note au cabinet du ministre pour leur dire : « ah non, finalement, Untel il avait dit ça mais finalement il a décidé de ne plus le dire, etc. » ; 

3. il y a en effet un engagement, un « acte performatif » comme vous dites, quand on signe un texte : c’est même ce que je me tue à essayer d’expliquer depuis quelques jours à pas mal de gens... 

4. en passant, sur le débat « amical mais ferme » : dans le texte que nous avons signé de « notre » côté (à supposé qu’un tel côté soit identifiable, sa frontière délimitable, etc., mais passons), nous avons évité en effet de parler de « honte », de « dénonciation », etc., non forcément parce ce que nous n’avions rien vu dans le premier texte qui soit, à nos yeux, motif d’indignation légitime (sans quoi nous n’aurions pas pris la plume), mais surtout parce que nous avons estimé que ce n’était pas en en rajoutant sur l’insulte et l’invective qu’on avancerait — et ce, je tiens à le souligner : dès le début, dès le moment où nous sommes intervenus dans ce débat. J’ai personnellement formulé des réserves très claires, très visibles, quand des gens de « notre » côté ont avancé sur cette page des arguments qui me semblaient trop peu conformes à cette « éthique » du débat. Ce que j’ai essayé de faire, autant que j’ai pu, sans censurer l’expression de certaines indignations qui me semblaient, au moins pour une part, très compréhensibles. J’ai apprécié, et salué expressément à plusieurs reprises, la qualité souvent du débat sur le blog musiques-en-vrac. Cette qualité n’a pas été constante, malheureusement, pour ce qui était des commentaires qui accompagnaient certaines signatures de la première pétition (pas toutes, fort heureusement), mais je sais bien que ce n’était pas directement du fait des initiateurs de ladite pétition.

Cela étant dit, pour vous répondre néanmoins sur cette question des « désistements » : dès lors que, pour certains d’entre nous, compte plus le débat actuel que le fait de savoir s’il y a 785 ou 812 signatures sur la pétition telle qu’envoyée au ministère, on ne peut pas tenir pour insignifiant, quant à ce débat, le fait que des compositeurs comme Bernard Cavanna et Jonathan Harvey aient eu le courage d’exprimer, publiquement, des regrets quant à leur première signature, ainsi que les raisons de ces regrets. Pas plus que n’était insignifiant, dès le début, le fait que Philippe Manoury exprime publiquement des réserves très nettes quant à la pétition qu’il signait pourtant. J’ai personnellement écrit à Jonathan Harvey pour le remercier de ce geste d’apaisement ; j’ai également correspondu avec Philippe Manoury, qui m’a confirmé qu’il ne faisait aucun mystère des réserves qu’il formulait quant au texte (et qui m’a autorisé à rendre ceci public, à nouveau public), et ceci bien qu’il ne désire point retirer sa signature. Tout ceci appartient au débat qui nous occupe.

Bref, bref, tout ceci pour dire que je ne tiens pas pour une « dissimulation de ce qu’ils ont accompli » les interventions de Bernard Cavanna et de Jonathan Harvey, bien au contraire. Il en va de même pour les trois personnes (si j’ai bien compté) qui ont signé l’un et l’autre texte, et qui ont accepté d’expliquer publiquement ce double geste, ce double engagement. À tout ce débat public, s’ajoutent les différents échanges « privés » que nous avons été nombreux à avoir, ici ou là : pour tirer toutes les leçons de ce qui s’est passé, nous sommes loin d’en avoir fini et, pour citer justement une de ces correspondances : « j’espère que cette “affaire” ne retombera pas avant qu’ait pu s’engager une réflexion partagée » (phrase qui n’est pas de moi, mais que je contresigne ici-même, du présent commentaire).

bien amicalement à tous,
Benjamin

16 juin 13:42

Réponse : peut-on se désister ?

Pas de problème, je crois que nous sommes bien d’accord — y compris sur la compulsion du clic... C’est d’ailleurs aussi pourquoi, « de notre côté », j’avais préféré recevoir les signatures par mail, plutôt qu’une validation par clics : ça ne doit pas prendre beaucoup beaucoup plus de temps (j’ai pas chronométré, mais bon), mais ça pousse peut-être un peu plus les gens à réfléchir avant de signer — à tort ou à raison, envoyer depuis son adresse mail un courrier signé semble, pour beaucoup, engager plus que rajouter automatiquement son nom à une liste. Et du même coup, ça m’a permis de recevoir des petits mots un peu plus personnalisés, merci à leurs auteurs. Je ne sais pas si la nuance, que j’ai proposée, entre « tribune » et « pétition » est tenable en toute rigueur, mais si elle a quelque fondement, cela passe aussi par ce genre de détails, et pas seulement par des déclarations d’intention... Bien amicalement, B.R.

16 juin 16:50

L’histoire des polémiques de la Villa Médicis

Je te fais mes excuses, F., dont acte. J’ai en effet été un peu rapide, je n’ai pas expliqué grand-chose (et notamment pas la teneur de notre échange privé, je ne me serais pas permis sans te demander ton accord) et si j’ai cité ton nom, ce n’était pas pour avoir une « caution », mais pour m’acquitter d’une dette, pardon s’il y avait confusion. Par contre, je ne vois pas où est la « mauvaise foi ». Non pas parce que j’en suis incapable, mais parce qu’en cette occurrence précise je n’avançais aucun « argument » : je situais simplement une date au sein d’une « histoire », pour apporter un élément de réponse à Cédric. C’est le sens transparent de ma parenthèse ci-dessus. D’autre part, il est tout à fait vrai que « le cas Ravel », un peu cliché, a été mentionné ici ou là — y compris par moi, je le reconnais et je note cependant, soyons précis : une première fois (dans une réponse (publique) à Clara Maïda), précisément dans ce sens que tu dis « éculé » (mea culpa), une seconde fois (dans un échange privé avec toi), si ma mémoire est bonne, en disant « je ne vais pas vous ressortir le cas Ravel... » (tu vas me répondre que ce n’est là qu’une prétérition : oui, bon, ok, si vraiment tu y tiens, mais enfin...). Mais je maintiens en tout cas que dans le commentaire ci-dessus, le temps d’une parenthèse, ce n’est pas ça que j’avais en tête, précisément parce qu’entre-temps tu m’avais rappelé des éléments dépassant le « cliché », que j’avais trouvés très pertinents (d’où ma volonté de m’acquitter d’une dette, en mentionnant ton nom).

Enfin donc, j’y viens, je suis parfaitement ok avec ce que tu mets en avant, à savoir que les « échecs » répétés de Ravel, en raison même des qualités « objectives »* (et objectivement reconnues) de celui-ci, ont créé scandale. D’où précisément ma mention de ce « cas » emblématique, s’il s’agissait de faire l’histoire des « scandales » qu’a connus la Villa. Je t’invite à relire les commentaires ci-dessus, pour vérifier si ces bafouilles d’excuses empressées tiennent la route. Je t’assure en tout cas de ma bonne foi...

J’espère que, ces précisions apportées, tu t’indigneras un peu moins de ce que j’avais osé mentionner en passant un échange privé, et ton nom, sans ton accord explicite (ce que j’évite de faire, habituellement). Licence que je n’aurais pas dû m’accorder, bien entendu, et pour laquelle je te renouvelle mes excuses.

amicalement,

Benjamin

*(Et donc au passage, oui, l’existence d’une certaine forme d’objectivité, personne n’a jamais pensé à le nier, ou en tout cas pas moi. Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas une question très complexe, mais là je ne t’apprends rien. Je ne t’apprends rien non plus, puisque tu es familier de la pensée de Derrida, en disant que n’est pas « relativiste » quiconque pointe du doigt le complexité d’une notion telle que l’objectivité.)

16 juin 17:53

Prétexte

Cher Jean-Jacques,

je ne sais pas si c’est Patrice Lebrun ou moi, le « jeune homme » à qui vous adressez votre réponse. Je ne connais pas l’âge de Patrice Lebrun, et pour ma part, même si je vous trouve un peu flatteur en cela, je n’ai rien contre le fait d’être appelé « jeune homme ».

Bref, tout ça pour (re)dire, au cas où ce dernier commentaire m’était destiné, et pour lever tout malentendu : comme je l’ai très explicitement dit dans ma première réponse à la réponse que Patrice Lebrun vous a faite, j’ai indiqué qu’il y avait bien à mes yeux, dans la première pétition, des « motifs d’indignation légitime », et par ailleurs que je n’avais pas envie de « censurer l’expression de certaines indignations », précisément parce que celles-ci pouvaient me sembler non seulement compréhensibles (tout comme est « compréhensible » le texte de la première pétition), mais plus encore légitimes, quelque réserve que je puisse tenir à formuler ici ou là (et notamment parce que je suis le tenancier du présent espace de discussion, et que c’est à moi de veiller à ce qu’elle continue à bien se passer...), quant à telle ou telle façon d’exprimer cette légitime indignation.

Et puis rassurez-vous, en matière de « propos extrémistes », on a vu bien pire ! Votre sensibilité à ces sujets épineux vous honore, et vous êtes naturellement toujours le bienvenu pour participer au débat.

Donc : salut et fraternité à vous aussi, cher « dinosaure » !

16 juin 21:54

Prétexte

Cher Patrice,

j’avoue ne pas bien comprendre votre reproche, il y a sans doute un malentendu. J’ai très clairement dit, dès le premier commentaire de Jean-Jacques Birgé, qu’il fallait être juste, que jamais les « origines » des uns et des autres n’étaient intervenues dans le débat, et que j’étais fermement convaincu que celles-ci n’avaient joué aucun rôle dans les « motivations inconscientes » des uns et des autres. Je ne vois pas comment j’aurais pu être plus clair. J’ai par ailleurs dit qu’il était en effet légitime, et même important, disons « éthiquement » juste de se préoccuper de racisme, de sexisme, de conflits « de classe », mais qu’il me semblait que c’était un autre débat. Là encore, dites-moi si mes formulations prêtent à la moindre confusion. Si cela devait être le cas, je n’aurai aucun problème à en prendre acte, et à redire très nettement ce que je crois fermement, et que je viens de redire.

Par ailleurs, quant à mon dernier commentaire, je ne crois pas avoir « insinué » quoi que ce soit, parce que ce n’est pas dans mes manières usuelles de faire, l’« insinuation ». Je ne vois pas comment j’aurais pu « insinuer » que telle accusation, grave en effet, de « racisme » pût être légitime, alors même que j’avais explicitement dit le contraire plus tôt. Je vous invite à me relire. Ce que j’ai dit, le plus clairement du monde et sans la moindre insinuation, c’est qu’il me semblait légitime — je maintiens le mot — de trouver motif à s’indigner dans le texte de la première pétition (pourquoi ? eh bien, relisez notre tribune...), et que je trouvais compréhensible que cette indignation en vienne à s’exprimer, chez certains, par des formulations pour lesquelles j’ai par ailleurs de très nettes réserves, pour ne pas dire plus. (J’ai aussi dit que je trouvais compréhensible, pour tout un tas de raisons, que la première pétition ait pu voir le jour, dans la forme qu’elle a connue, alors même que j’ai des réserves notoires à l’égard de celles-ci.) J’ai enfin dit, et je maintiens, qu’il était tout à l’honneur de Jean-Jacques Birgé d’être sensible aux questions de racisme, de sexisme, etc., en général. Et ce, même si je ne partage pas du tout (je l’ai dit, et le redis présentement) son analyse dans le cas précis qui nous occupe.

Je tiens enfin à faire remarquer que, suite aux deux premières réponses que je lui ai faites, Jean-Jacques Birgé a, par deux fois, exprimé des regrets honnêtes quant à la façon dont il avait formulé les choses, sous le coup d’une indignation que je continue de juger légitime, et qu’il a reconnu que le décentrement qu’il proposait du débat n’était pas, pas nécessairement, le bienvenu dans le cadre de ce débat-ci. On aurait aimé en voir d’autres reconnaître aussi clairement leurs « excès », leurs dérapages ou leurs erreurs.

Sur ce, j’espère que le débat, s’il doit se poursuivre, se fera de façon sincère, amicale même si conflictuelle et contradictoire, comme on avait à peu près, jusqu’ici, réussi à ce que cela soit le cas, ici au moins.

bien cordialement à tous, 
et surtout bien cordialement à vous Patrice, j’espère que ces explications calment votre colère.

Benjamin

p.-s. : le « médium » ? je ne sais pas, jusqu’ici ça s’est plutôt bien passé, pas trop mal en tout cas, ici au moins, sur cet internet-ci... qui n’est-pas cet internet-là, bien sûr. Je m’y efforce en tout cas, et continuerai de m’y efforcer. Merci à tous de votre aide en ce sens.

17 juin 11:46

fin de la récré

En guise d’épilogue (provisoire ?) :

Cher tous,

depuis une semaine, j’ai reçu de nombreux courriels, cette page a été l’objet de très nombreuses visites, et suite à notre tribune pas moins de 79 commentaires ont été déposés ci-dessus (ce commentaire est le n° 80, j’aime bien les chiffres ronds, c’est une bonne occasion pour finir — j’aime bien aussi les nombres premiers, mais c’est une autre histoire…). Le débat a été vif parfois, mais le plus souvent cordial, ici en tout cas. J’espère qu’il aura été instructif pour ceux qui l’auront suivi (pour moi, en tout cas, certainement). Merci donc à tous ses contributeurs.

Il est temps, je crois, de clore cet espace de commentaires. Non pas pour clore le débat : nous mesurons tous qu’il est nécessaire qu’il se poursuive. Mais parce qu’il doit se poursuivre ailleurs, de façon plus visible, plus organisée, etc. De plus, dès lors que « je » fais aussi partie des acteurs de ce débat, ça ne devrait pas être à moi de devoir en même temps le gérer : c’est beaucoup de travail, valider les commentaires, se débarrasser des quelques spams, censurer les commentaires injurieux (il y en a eu très peu, heureusement), réfléchir longuement si on doit ou non valider tel commentaire qui sort un peu des rails, prendre le temps de répondre précisément pour justement cadrer et éviter les dérapages, etc. Je suis fatigué, j’en ai un peu marre. Avant-hier, le débat semblait se calmer, on avançait. Hier, il s’est de nouveau envenimé un peu : accusations de « malhonnêteté intellectuelle », de « mauvaise foi », d’« insinuations », etc. J’estime que ce ne sont pas des façons saines de débattre, et qu’on peut exprimer un désaccord, réfuter un argument même de façon très nette, sans avoir à taxer son partenaire de débat de quoi que ce soit. J’ai eu parfois moi-même à répondre à ce genre d’« accusations », j’y ai répondu ce que je croyais devoir répondre. Je ne souhaite plus le faire, nous avons tous d’autres choses à faire, et nous pourrions discuter ensemble d’autres choses bien plus passionnantes. (Si l’on me donne des bonnes raisons de rouvrir ces commentaires, je les ouvrirai à nouveau bien sûr : envoyez-moi un courriel.)

Il y a quelques jours, Clara Maïda a fait une proposition, que personne n’a reprise : nous retrouver tous, tous ceux qui le souhaitent, faire un grand débat avec tout ça, dépasser les malentendus (qui nie qu’il y en a eu, et qu’il y en a encore, de tous côtés ?). Je ne sais pas sous quelle forme de tels « États Généraux », pour reprendre l’expression de Clara, sont faisables, ni à quelle date, mais j’ai indiqué par courriel à Clara que j’étais prêt à la suivre dans une telle initiative, ce que je redis ici publiquement. J’acquiesce, je l’ai déjà dit, à ce principe, que je contresigne ici une fois de plus : j’espère que toute cette « affaire » ne retombera pas avant qu’ait pu s’engager une réflexion partagée.

À bon entendeur… — je suis facilement joignable (tout le monde connaît mon adresse courriel, et vous pouvez par ailleurs me joindre sur ce site), à vous de vous saisir des propositions qui vous sont faites, si vous le jugez utile. Au plaisir de vous relire tous bientôt.

Benjamin

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