La « distinction »

archives débat Médicis (4)

Le débat suscité par la petite « affaire Médicis » (1. pétition « musiques en vrac », 2. tribune en réponse sur tache-aveugle.net) a conduit à de nombreux débats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs intéressés, j’entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait naître ici ou là. Il s’agit de texte signés de mon seul nom, ils n’engagent donc en aucune façon les autres signataires de la tribune (et, quand ils proposent une interprétation du texte de cette tribune, chacun est invité à aller la relire pour vérifier que je n’y projette rien qui n’y soit explicite). // 4. Après ça, ça et ça, je continue avec la très brève réponse que j’ai faite suite au texte de Frédéric Durieux, quant au concept de « musique savante » et à la « distinction » qu’il croit pouvoir faire. Au passage, quant au mot choisi par Frédéric Durieux, et qui donne son titre à ce billet : il est probablement bien choisi en effet, ce n’est pas une bourde, je trouve même ça divin... si vous voyez ce que je veux dire. Réactions bienvenues

cher Frédéric Durieux,

je ne vais pas discuter le détail de votre texte, dont certains points sont très intéressants, d’autres à mes yeux beaucoup plus contestables, etc. Je voudrais simplement faire deux brèves remarques :

1. votre mise en perspective est éclairante, et je vous rejoins pour dire qu’il y a un air de « déjà-vu » dans toute cette histoire. C’est d’ailleurs à cause de ça, à cause de l’existence d’une « matrice argumentative » assez reconnaissable, que j’ai tout de suite pigé de quoi il retournait, ce qui collait et ce qui ne collait pas dans les arguments de la première pétition. (Nous vous avons dit, d’ailleurs, que nous jugions certaines de vos inquiétudes légitimes, etc.) Je ne m’étends pas plus.

2. Je ne comprends pas, vraiment, je ne comprends pas que vous puissiez user aussi ingénument de l’appellation « musique savante », avec la « distinction » (comme vous dites), la « détermination en opposition hiérarchisante » (ça c’est moi qui dit) qui va avec. Je ne comprends pas qu’à aucun moment vous ne sembliez vous interroger sur la pertinence de cette « distinction ». Elle est purement et simplement dogmatique, et je la conteste vigoureusement, pour tout un tas de raisons. Non pas parce que « tout se vaudrait », surtout pas (je crois au contraire que c’est la détermination des différences en oppositions binaires qui homogénéise le champ, mais je ne peux m’y étendre ici). Je vous donne un seul indice pour inquiéter vos certitudes : le jazz, que vous reconnaissez généreusement comme « musique savante », s’est vu opposer, pendant des dizaines d’années, exactement les mêmes arguments que vous faites valoir aujourd’hui au sujet du rock ou d’autres musiques. Je dis bien : exactement les mêmes. Avec la même bonne foi, parfois.

Bon, je m’étais promis de quitter le débat, je vous laisse.

Benjamin Renaud

p.-s. : ces propos vous viennent de quelqu’un qui se bat comme vous, au quotidien, pour conserver un art exigeant, une musique « pensante », non soumise aux exigences du marché (pas plus qu’à celles de la commande publique)...

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