Faut-il mélanger les genres ?

archives débat Médicis (1)

Le débat suscité par la petite « affaire Médicis » (1. pétition « musiques en vrac », 2. tribune en réponse sur tache-aveugle.net) a conduit à de nombreux débats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et éventuellement pour les lecteurs intéressés, j’entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait naître ici ou là. Il s’agit de texte signés de mon seul nom, ils n’engagent donc en aucune façon les autres signataires de la tribune (et, quand ils proposent une interprétation du texte de cette tribune, chacun est invité à aller la relire pour vérifier que je n’y projette rien qui n’y soit explicite). // 1. Je commence par les deux commentaires écrits hier en réponse à un billet de Michel Thion : vous êtes encouragés, bien sûr, à aller les relire dans leur premier contexte, pour suivre le fil de la (brève) discussion. Tous mes remerciements à Michel Thion pour ce débat amical. Au passage : cette question des « genres », de leur « mélange » ou non etc., m’avait déjà intéressé il y a quelques années, cf. à ce sujet cet article au sujet du « roman » Tumulte de François Bon (est-ce dire qu’il n’y a rien de fortuit à retrouver celui-ci dans les signataires de la tribune ?...). Réactions bienvenues

22 juin 2010 à 17h54

cher Michel Thion,

comme je suis « plein de bonnes intentions » en effet, et que vous avez l’air de l’être aussi (mais je ne dis pas ça pour vous fâcher !), je me permets de vous répondre un peu, juste pour le plaisir du débat. Je me trouve être, tout à la fois : 1. le propriétaire du site http://www.tache-aveugle.net, sur lequel « la pétition en retour » a été d’abord publiée ; 2. l’un des signataires du texte ; 3. très accessoirement, le principal rédacteur dudit texte ; 4. enfin, l’un de ceux qui ont voulu mener le débat, à la fois sur mon site et sur le blog musiques-en-vrac. Bref, je me sens concerné par votre billet — et puis j’aime débattre, et puis je ne suis pas d’accord avec tout ce que vous dites. Je trouve au demeurant assez sympathique votre façon de distribuer les bons et mauvais points (et je me fiche pas mal qu’on nous en distribue de mauvais). Quant à votre titre, il parle même de « faute » — de faute « double » : je suppose qu’il faut en conclure que chacune des deux « pétitions » en commet une ? —, j’avoue m’interroger un peu sur ce terme, mais bon…

Je ne reviens pas sur la pétition des « musiques en vrac », je l’ai suffisamment fait ailleurs (et je le referai encore), et je suis plutôt d’accord avec ce que vous dites. Je vous suis toujours à peu près quand il s’agit de dire que « la question de fond est ailleurs » (— si cependant je vous comprends bien sur cet « ailleurs » : ailleurs que quoi ? Ailleurs que savoir qui va ou qui ne va pas à Rome ? si c’est ça, oui, pas de problème pour moi, même je m’en fiche un peu de la Villa (je parle ici à titre personnel, cela va de soi). Ou bien : ailleurs que savoir s’il y a d’autres musiques inventives et risquées hormis au sein du champ que l’on croit pouvoir délimiter sous le nom de « musique contemporaine » ? Si c’est ça, je ne vous suis plus, plus du tout, et c’est pour moi réellement une « question de fond ».)

D’autre part, je ne sais pas ce que vous voulez dire en écrivant que les deux pétitions sont « toutes deux centristes à leur façon » : je ne sais pas ce que c’est, être « centriste », et en plus s’il y a plusieurs façons de l’être, j’avoue que je m’y perds un peu. Je ne vois pas bien ce que la première pétition a de « centriste » (je parle du texte, pas des signataires), je remarque même qu’elle a reçu (bien malgré la volonté de la plupart de ses signataires, ça pour le coup j’en suis fermement convaincu) un soutien de la part de gens qui ne sont pas franchement « centristes » : un nouveau communiqué, pitoyable et haineux, du Parti de l’in-nocence (dénonçant « la grande déculturation », « l’hyperdémocratie » et « le métissage »… rien de neuf sous le soleil). Je prétends que cela n’a rien de fortuit — même si je redis, à nouveau, que je suis convaincu que les amitiés politiques de beaucoup de signataires de la première pétition ne sont pas franchement là, fort heureusement (ou bien je n’aurais pas pris la peine de débattre avec eux). Mais passons.

Quant à savoir si « notre » texte est « centriste » : s’il s’agit de dire qu’il est « modéré », « équilibré », « raisonnable » — vous traduirez : « tiède » ! —, alors oui, pourquoi pas, je veux bien revendiquer fièrement d’avoir co-signé un tel texte. Je ne vois pas là de quoi avoir honte — et puisqu’il s’agissait aussi de recueillir des signatures provenant d’horizons les plus divers possibles (afin d’éviter, cela va de soi, que cette tribune paraisse être une réponse des « musiques actuelles » face à « la musique contemporaine », ce qu’elle n’était pas (relisez, et regardez à nouveau les signataires : qu’y a-t-il de « surprenant », vraiment ?) ; et d’ailleurs personne (sauf peut-être les primo-pétitionnaires) ne semble se satisfaire de telles dénominations, ni même reconnaître la pertinence absolue de telles délimitations), je ne vois pas bien comment on eût pu s’y prendre autrement qu’en essayant d’être pondéré et raisonnable. Je veux bien être « centriste » en ce sens-là, donc ; mais s’il s’agit de dire que nous serions « centristes » parce que voulant ménager la chèvre et le chou, alors non, désolé, je ne vois pas bien, notre texte est très ferme sur sa prise de position — et je ne crois pas que la politique culturelle que, pour ma part, j’appellerai de mes vœux dans un monde idéal (mais j’ai mieux à faire de mes journées que formuler de tels vœux), je ne me souviens pas l’avoir lue dans aucun programme de l’UDF ou du Modem… Mais nous discuterons de cela une autre fois, n’est-ce pas ?

J’en viens au paragraphe que vous consacrez généreusement à notre texte. Nous sommes en effet « pleins de bonnes intentions » : c’est déjà ça, non ? C’est toujours mieux que l’inverse, non ? Mais vous avez raison, ça ne suffit pas (d’ailleurs, je crois que certains signataires du premiers texte avaient aussi de « bonnes intentions »). Vous mettez en garde contre un « risque », un fort risque où nous risquerions « fort » de tomber. Encore une fois, je vous remercie : risquer de tomber — même risquer fort de tomber —, ce n’est pas tomber. Là encore, vous en conviendrez : nous ne sommes pas « tombés », et c’est déjà ça, c’est toujours mieux que de tomber… Et, de fait, je vous rejoins, nous ne sommes pas tombés — je vous mets au défi de trouver la moindre trace, dans notre texte, d’un « éclectisme flou où tout se vaudrait ». Sans quoi je n’aurais pas signé !

Mais vous êtes précis, mesuré (un peu « centriste » à votre façon, quoi !), et vous parlez simplement d’un risque, d’un fort risque. D’abord, je ne crois pas que le fait de courir des risques soit une « faute » (en général, par principe) ; ensuite, je ne sais pas si le fait de courir ce risque-là en particulier dans cette circonstance-là en est une. Ce que je sais en revanche, c’est que je suis sûr que nous n’avons pas « fortement » encouru ce risque, et que je ne pense pas même que nous ayons encouru ce risque démesurément, pas plus en tout cas que vous, par exemple, quand vous écrivez qu’« il n’y a pas de mauvais genre en art », et que vous en faites un « élément important ».

Mais vous avancez une « preuve », vous prétendez que vous pouvez trouver dans notre texte « l’affirmation » selon laquelle il « suffirait » de « faire se rencontrer deux traditions musicales différentes » pour qu’un projet fût « de recherche ». C’est tout simplement faux (je dis bien faux : non-vrai) ! Une telle « affirmation » ne se trouve nulle part dans notre texte, même si vous pouvez en effet y trouver l’expression « musiques inventives et de recherche », d’une part, et d’autre part le segment de phrase « faire se rencontrer etc. ». Vous coupez et tronquez de façon à faire dire à notre texte ce qu’il ne dit pas, de façon à lui faire dire ce que vous craignez précisément qu’il ne dise ! Alors, donc, je vous rassure, je suis mathématicien de formation, je fais encore la différence entre ce qui peut être une condition suffisante, et ce qui ne le peut pas. Chacun est invité à aller relire le texte, et voir ce qui y est écrit ou non.

Ce que nous avons dit, c’est : d’une part, qu’il y a des musiques « inventives et de recherche » ailleurs qu’au sein du (supposé) genre « musique contemporaine », et j’ai cru comprendre que vous étiez prêt à souscrire à cette affirmation (affirmation qui n’a rien de « floue », et qui ne dit pas, surtout pas, que « tout se vaut ») ; d’autre part, que nous nous « réjouissions » qu’un des projets retenus se propose de « faire se rencontrer » des (supposés) « genres » ou « traditions » différents. Vous avez tout à fait le droit de ne pas aimer les mélanges de genres : à bien des égards on peut comprendre votre suspicion, nous connaissons tous des tas de « rencontres » qui ne sont pas de grandes réussites. Quant à dénoncer, par principe, de tels mélanges, je vous en laisse la responsabilité : pour ma part, je n’ai pas trop envie de partager le même argumentaire que le triste Parti de l’in-nocence, mais bon, la question n’est pas là, et vous n’êtes bien sûr pas responsable des âneries régulièrement proférées par ledit parti. Je prétends que la dénonciation au principe du « mélange de genres » en art est un argument qui a aussi des conséquences « politiques », « éthiques », etc., et qu’elle peut donc devenir à certains égards une « faute », pour reprendre votre mot (ce qui ne veut pas dire que je traite de « fasciste » ou de je ne sais quoi quiconque utilise cet argument). Mais c’est là un autre long, très long débat, nous le mènerons une autre fois. Je prétends par ailleurs que le « mélange des genres » est un des éléments essentiels du programme esthétique dominant de la modernité, depuis (au moins) les Romantiques d’Iéna : mais là encore, c’est un autre débat. Je suis assez enclin à penser, par ailleurs, que toute œuvre d’art importante se situe toujours, au moins pour une part (je dis bien : au moins pour une part), en rupture, en déhiscence ou en désistance par rapport à (au moins) un genre établi, dont elle peut participer néanmoins sans jamais lui appartenir strictement. Cette dernière proposition que j’avance, lue trop vite, pourrait faire du « mélange des genres » une condition nécessaire pour qu’une musique soit « de recherche » — mais si je ne l’ai pas écrit sous cette forme, c’est précisément parce que je ne crois pas que les choses soient aussi simples (par exemple, je ne crois pas que les dits « genres » soient aisément identifiables…). J’insiste : je viens d’écrire « condition nécessaire », ce qui n’est pas la même chose que « condition suffisante », faut-il le rappeler. Et par ailleurs, surtout : cette dernière proposition n’est pas trouvable dans le texte où vous croyez pouvoir trouver votre « preuve ».

Bon, j’espère donc vous avoir rassuré sur cette question de « l’éclectisme flou où tout se vaudrait », dont pour ma part je ne vois même pas poindre le risque dans le texte que nous avons signé. J’avance donc. Vous prétendez que nous « ignorons » telle ou telle « récupération commerciale » : voulez-vous dire que nous ne le savons pas, ou bien que nous n’en parlons pas ? 1. Quant à savoir si nous sommes au courant, c’est très gentil à vous de vous en inquiéter, et puisque vous ne vous contenterez pas, à juste titre, de notre déclaration d’intention selon laquelle nous nous prétendons « pas plus que quiconque naïfs » sur ces questions, je vous invite à relire la liste des signataires : je vous assure que la plupart sont très au courant du fait que certaines musiques, écritures, œuvres, certains films etc. sont, du fait de leur « exigence », moins facilement « récupérables » par le commerce, je vous renvoie à la bio de chacun… 2. Quant à savoir si nous parlons de ces enjeux, ou si nous faisons silence dessus : mais justement, si nous nous sommes dès le premier paragraphe déclarés « pas plus que quiconque naïfs » à leur sujet, c’est précisément parce que nous savons que ces enjeux font partie du débat. Nous parlons dans notre texte de la « nécessité » du soutien aux musiques innovantes, nous parlons de la « précarité » qui se répand sans exclusive de genres, etc. Nous contestons, par ailleurs, le fait qu’un (supposé) « genre » soit, en tant que tel et dans son entier, indemne de ce qui rend supposément possible une telle « récupération ».

Mais vous m’avez répondu, par avance, qu’il y a trop d’artistes de « musiques actuelles » qui sont insérés dans le circuit commercial pour qu’on ne se « méfie » pas, alors que dans le cas de la « musique contemporaine », « ça ne risque pas de se produire ». Soit, soit, méfiez-vous, si vous le souhaitez… Pour ma part je trouve suspecte cette méfiance, et je trouve surtout inopérante, en dernier ressort, les frontières génériques que vous utilisez, mais je comprends parfaitement que vous vous « méfiiez ». D’autres, vous le savez bien, ont d’autres « méfiances » : dès qu’ils voient poindre un compositeur de « musique contemporaine », ils sont persuadés d’avoir affaire à un riche bourgeois archi-subventionné écrivant une musique intellectualiste, formaliste, coupant délibérément le dos au public par snobisme, etc. Je ne partage pas, pour ma part, cette méfiance (et, pour tout vous dire : c’est pour éviter que ce soient ces gens-là qui rédigent une « pétition en retour » que j’ai pris la plume et que j’ai lancé celle-ci), mais là encore je peux tout à fait comprendre que certains aient cette méfiance. Je ne trouve pas illégitimes, en elles-mêmes, ces deux méfiances symétriques — mais je trouve illégitime, je trouve que c’est une « faute », si on passe, de la méfiance que vous dites avoir, à la condamnation par principe de tout un (supposé) genre musical. C’est exactement ce que faisait la première pétition, et j’ai cru comprendre que, comme moi, vous pensiez que les signataires avaient oublié cet « élément important », que vous formuliez ainsi : « il n’y a pas de mauvais genres en art ».

Pour finir enfin : à supposer, concesso non dato, que l’on puisse à peu près adéquatement identifier ou délimiter des champs qui auraient pour noms respectifs « musique contemporaine » et « musiques actuelles », je serais assez prêt à vous concéder que les risques courus par le second champ ne sont pas nécessairement les mêmes, au moins quantitativement, que ceux courus par le premier champ. Cela n’indique pas que le premier n’en courre aucun. — La preuve ? facile : la première pétition, pour commencer. Mais c’est loin d’être le seul.

Sur ce, je vais aller promener ma graphomanie ailleurs, j’espère vous avoir, au moins un peu, convaincu que, en effet plein de « bonnes intentions » mais pas seulement, nous avions fait de notre mieux, dès le début, pour éviter autant que possible de courir les risques (au demeurant peut-être réels) que vous pointez. Et si vous ne voulez toujours pas vous laisser convaincre, peut-être quelques lecteurs courageux auront-ils déjà eu la gentillesse et la patience d’écouter mes arguments. Comme c’est déjà beaucoup, je les en remercie très sincèrement.

Content en tout cas de pouvoir compter sur l’éventualité d’un coup de biniou en commun, le cas échéant !

bien cordialement,

Benjamin Renaud

À ce premier commentaire, Michel Thion a eu la gentillesse de me répondre, pour signifier à nouveau notre accord sur le fond, et pour revenir brièvement sur la question du « mélange des genres », sur ce que nous en avions dit dans le premier texte, etc. Ce qui m’a donné l’occasion de cette nouvelle réponse :

22 juin 2010 à 21h03

J’en suis bien d’accord avec vous : « nous sommes d’accord sur l’essentiel. »

D’accord avec vous bien sûr, encore, sur la nécessité d’étudier chaque chose au cas par cas.

Et quant à votre compréhension du français, elle est parfaite, bien entendu. C’est la phrase de notre texte qui est trop peu précise, et j’y ai ma part de responsabilité (mais pour le coup, c’était une tribune, pas une dissertation fouillée). Je ne sais pas ce que les différents signataires auront voulu penser sous cette phrase, dont l’interprétation reste ouverte. Pour ma part, et en mon nom très personnel (i.e : ce qui suit n’est qu’un avis, et n’était pas explicitement dans le texte initial) : je vois bien un « motif de réjouissance supplémentaire », peut-être même une « valeur supplémentaire » dans le fait de retenir un projet qui « tente de faire se croiser des traditions différentes » — mais ce n’est pas nécessairement une valeur « artistique » supplémentaire, par principe, j’en suis d’accord avec vous. C’est surtout, à mes yeux toujours, une qualité « politique » d’avoir choisi un projet qui remet en cause les frontières supposées des supposés genres. Je ne dis pas que les « genres » sont une pure abstraction, ils ont au contraire une pertinence certaine, même si je crois que cette pertinence rencontre souvent des limites. Mais la réification de ces supposées frontières, la croyance en la ferme réalité de ces limites a des conséquences (« politiques », etc.) néfastes à mes yeux : par exemple, le fait que les primo-pétitionnaires ont cru pouvoir parler de « la musique contemporaine », et cru pouvoir faire valoir des droits au nom de la clôture de ce champ ; autre exemple, le fait que certains ont cru que le texte que nous avons signé provenait de l’entité « les musiques actuelles », et tous les effets « camp contre camp » que le débat a générés, et que j’ai eu le plus grand mal à réduire autant que je pouvais. Bref, je suis, vous l’aurez compris, en effet pour les mélanges de genres, les métissages, etc., je n’ai pas tant peur de la dilution des identités, du relativisme, etc. Ce n’est pas un gage de qualité artistique, certes — mais c’est un élément à mes yeux nécessaire, en l’état actuel du « champ » musical, d’une politique culturelle novatrice et audacieuse ; je dis bien un élément, un élément seulement : s’il ne devait plus y avoir que ça, que la valorisation en tant que telle du cross-genre etc., ce serait aussi désastreux que certaines tendances de la politique universitaire (financements valorisant parfois exclusivement les études trans- ou inter-disciplinaires, etc.). Je regrette souvent ces politiques, leurs effets précis dans tel contexte précis, mais ça ne m’empêche pas, souvent, de m’inquiéter du substrat idéologique de certains discours qu’on leur oppose (respect des identités, « ne pas tout mélanger », etc.).

Bon, je suis une fois de plus trop long, d’autant plus que nous sommes largement d’accord (sans le pressentiment de quoi, je n’aurais pas forcément engagé la discussion…).

Au plaisir de re-parler de tout ça, ou d’autre chose !

Benjamin

p.-s. (sur la « double-faute ») : ok pour dire que la balle des « musiques en vrac » tombait à côté du terrain, mais c’est donc là, hors d’un certain terrain, qu’il nous a fallu la récupérer pour « répondre »… Je continue à croire que leur balle arrivait suffisamment fort pour qu’on ne laisse pas le soin au seul « arbitre » (= le ministre, le directeur de la Villa, etc., qui n’allaient évidemment pas revenir sur leur décision) de la déclarer hors-jeu. Nous avons estimé, à tort ou à raison, qu’il fallait « répondre » dans l’espace du débat public. Avons-nous visé juste, je ne le sais pas, ce n’est pas à moi d’en juger — au moins le débat a-t-il eu lieu, ça me paraît plutôt sain. Je comprends assez bien que l’on puisse juger que la première pétition ne méritait pas qu’on lui réponde, vu le niveau des arguments : c’est une tentation qui m’a longuement traversée, je le reconnais sans peine. Je comprends aussi qu’on souhaite maintenant que, passés les premiers malentendus, on veuille avancer dans le « débat de fond » : je me suis même prononcé clairement dans ce sens, à plusieurs reprises.

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