Geschlechtsvoll, geschlechtslos : sexualités du jazz

première prise de notes

Je dépose ici, pour archives perso, les premières notes prises au sujet de ce qui deviendra peut-être un jour « “Der hypersexuelle / geschlechtslose Jazz”, or how improvisation does (not) go along with authorship... » (titre provisoire). Voir aussi ici.

première prise de note, 18-24 mai — en vue du colloque « Autorschaft, Genie, Geschlecht », Graz, avril 2011

1. une proposition centrée sur : a) improvisation ? b) free jazz ? c) adorno ? d) a mix of all that ? (avec derrida en tâche de fond, of course)

2. Adorno, das geschlechtslose Saxophone etc. : probématique du genre & connotations sexuelles dans les textes de 1933 et 1936 (et au-delà ?). Le jazz, la castration. Der geschlechtslose Jazz. Hypersexualité et angoisse de castration.

3. à relire de près (avant de rédiger proposition ?) : Derrida, Éperons ; Lacoue, Musica ficta (third part) ; sthg else ? 3bis. à lire de près (avant de rédiger proposition ?) : Derrida, Geschlecht (I à IV) ; Derrida, Genèses, généalogies, etc. 3ter. problématique du « génie » : what to read ? IIRC : Lacoue, « la vérité sublime » ; Derrida, Economimesis (+ « Parergon » ?).

4. Le stylet de l’auteur, le phallogocentrisme. L’écriture est féminine. « Si le style était l’homme, l’écriture serait la femme. »

5. La femme et la « vérité ».

6. L’auteur est un père, le père (mort ou vif) du discours. Mais la paternité et la filiation sont à l’œuvre partout dès qu’il est question de Geschlecht. [L’ensemble des ces thèmes boucle irrémédiablement, on ne voit pas comment sortir du cercle, y compris en passant par « la femme » (allégorie de la vérité, etc.). Tant qu’on reste dans l’opposition actif-passif, on est cuits.]

 > Articuler tout ça, très rigoureusement, à partir de Derrida et sur l’exemple d’Adorno, avec la problématique de l’improvisation. Bien remuer, & servir chaud. (C’est du blabla tout ça.)

7. Éperons, p. 47 : « La distance féminine abstrait d’elle-même la vérité en suspendant le rapport à la castration. Suspendre comme on peut tendre ou étendre une toile, un rapport, etc., qu’on laisse en même temps — suspendu — dans l’indécision. Dans l’épochè. / Rapport suspendu à la castration : non pas à la vérité de la castration, à laquelle la femme ne croit pas, ni à la vérité comme castration, ni à la vérité-castration. La vérité castration, c’est justement l’affaire de l’homme, l’affairement masculin qui n’est jamais assez vieux, assez sceptique ni dissimulé, et qui, dans sa crédulité, dans sa niaiserie (toujours sexuelle, et qui se donne à l’occasion la représentation de l’experte maîtrise), se châtre à sécréter le leurre de la vérité-castration. »

p. 61 : « 2. Mise en garde contre la confusion entre le “grand style” et le style “héroïco-vantard” (heroisch-prahlerischen) qui est d’ailleurs, dans son exubérance pseudo-transgressive, le fait de la classe “cultivée”, dit Nietzsche, qui entend toujours par ce mot la classe inculte des philistins wagnériens, “besoin de petits-bourgeois, commete Heidegger, en veine de sauvagerie”. »

cf. hymen

8. Geschlechtslos : par deux fois, dans ses textes peu amènes sur le jazz de 1933 et 1936, Adorno emploie cet adjectif pour qualifier le saxophone, instrument phare du jazz s’il en est — mais la sentence pourrait tout aussi bien venir qualifier le jazz dans son entier, le « sujet-jazz », obsédé par son angoisse de castration, impuissant, voire châtré aux yeux d’Adorno. Geschlechtslos (le terme est fort, Adorno n’emploie ni asexuell, ni geschlechtsneutral) : le jazz n’est pas simplement « asexué », il est privé de sexe, privé de Geschlecht — privé de genre, de race et d’une bonne lignée. Le jazz est un bâtard qui restera sans descendance. Voué, comme il se doit, à son errance. Non sans adresse, mais sans destin. Geschickslos, aber nicht ohne Geschick…

9. figure de l’auteur : autorité, domination, maîtrise + « style, valeur, cohérence » (cf. Foucault ?).

10. désappropriation (Lacoue, Musica ficta, p. 206 — cf. aussi p. 194-195, etc.).

11. question de l’intention, de l’intentionnalité. Voir comment, proclamant la mort de l’intention, un certain discours sur l’improvisation met en réalité en place une sorte d’hyper-intention : transparence absolue et immédiate du sens, du réel, de la vérité, etc. Immédiateté. Question de l’inspiration, et donc du génie, once again. De même, figure de l’Inconscient comme hyper-conscience ?

12. Complicité de la femme et de l’artiste. Cf. Éperons, cf. Musica ficta.

13. Le discours sur « castration et angoisse de castration » gagne à tout coup : ou bien c’est un truc « de gonzesses », et c’est alors un truc pour hommes en mal de virilité ; ou bien c’est ultra-viril, et l’hypersexualité est mise au compte de l’angoisse de castration. Dès lors qu’avec le jazz, le sexe se met en scène (mais est-ce le cas ?), il donne au philosophe des verges pour se faire battre…

14. Discours de l’improvisation et phonocentrisme.

15. connotation sexuelle dans le jazz en lien avec l’hyperactivité sexuelle supposée des « Noirs » ? Iconographie du jazz : trouver les pochettes mettant en scène le sex appeal des jazzmen.

16. question du rythme : quelle différence entre le jazz et la musique de Wagner ?