Le corps traditionnel du fascisme

questions non malicieuses

On peut avoir fait beaucoup de « bêtises » dans sa jeunesse.

On peut se demander, cependant, si ça, cela, ça relève vraiment de la « bêtise », encore seulement de la « bêtise ».

On peut donc éviter, oui, de rappeler sans cesse, trente ou quarante ans après, que nombre des dirigeants du parti actuellement au pouvoir dans ce pays ont fait leurs classes à Occident.

On peut se demander, cependant, au nom de quoi on n’aurait plus droit d’en parler — n’est-ce pas, monsieur le Secrétaire d’État ?

On peut refuser d’assimiler tout uniment la droite vulgaire qui nous gouverne à celle, extrême, à qui elle cherche (et parvient) à emprunter des électeurs.

On peut se demander, cependant, quelle complicité profonde (dans les idées, dans les réseaux) rend possible pareil emprunt. — Corps traditionnel de l’archi-fascisme [1] : dans sa version française.

On peut s’interroger, de diverses façons, sur « l’identité ».

On peut se demander, par exemple, quelle est l’identité à soi, la cohérence du fascisme : peut-on identifier le fascisme ? et comment ?

On peut s’interroger. On peut interroger. Poser des questions, malicieuses ou non.

On peut se demander si l’on peut continuer à qualifier simplement de « dérapage » la formule récente de celui qui, il n’y a pas même deux ans, tenait à poser une « question malicieuse » en sa noble qualité de sénateur, de président de groupe.

On peut s’interroger. Sans malice.

Et on pourra se dire : on se souvient, et on pourra se dire : on garde trace, ici ou (et là déjà, c’est avec ça qu’a commencé ou presque ce site, sans préméditation pourtant), avec plus ou moins de constance donc, de ce qui s’affirme, chez certains, avec une bien triste constance.

[1] J’emprunte et la dénomination, et le concept rigoureux, à Philippe Lacoue-Labarthe (La fiction du politique, Bourgois, 1987).