Deux mots

(What’s in a name ?)

Deux mots que je ne connaissais pas. Et en même temps, quelque part je l’ai toujours su.

RENAUDER, verbe intrans.
Arg. Manifester son mécontentement, protester bruyamment, se mettre en colère, renâcler ou se refuser à faire quelque chose. Synon. bougonner, se fâcher, grogner, maugréer, se plaindre, râler (pop.), rechigner, récriminer, regimber, rouspéter (fam.). Il renaudait à propos de tout, renâclait sur les potées de pommes de terre (...). Les moindres bisbilles, maintenant, finissaient par des attrapages (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 649). Tu râles parce qu’il faut, avec moi, jouer franc jeu. Renaude pas, tu te vendrais (CARCO, Jésus-la-Caille, 1914, p. 17).
Prononc. : [], (il) renaude [-no:d] Étymol. et Hist. 1808 (HAUTEL). Prob. dér. de parler regnaut « nasiller » (1611, COTGR.), parler renauld (1615, L. GUYON, Miroir de la beauté, II, 44 ds Romania t. 34 1905, p. 611), de regnaut « cri du renard » (1611, COTGR.), regnaut étant une var. de renard* (FEW t. 16, p. 691).
DÉR. Renaudeur, -euse, subst., arg. Personne perpétuellement mécontente, d’humeur querelleuse. Synon. grincheux, râleur, rouspéteur. Une fanatique [Cara], une renaudeuse, une extrémiste. Faut toujours qu’elle rouspète et se bagarre (ARNOUX, Paris, 1939, p. 42). [], fém. [-ø:z]. 1re attest. 1846 (D’ENNERY, CORMON, Les Compagnons ou la Mansarde de la Cité, I, 8, p. 9) ; de renauder, suff. -eur2*.
BBG. BLOCHW.-RUNK. 1971, p. 345 (s.v. renaudeur). SAIN. Arg. 1972 [1907], p. 221, 222.

RENAUD, subst. masc.
Argot
A. Mauvaise humeur, mécontentement, colère. Tant qu’on est à la colle, ça colle ; mais une fois que le condé y a passé, c’est tous les jours du renaud (BRUANT 1901, s.v. concubinage).
Être/(se) mettre à/au/en renaud. Être/(se) mettre en colère, (s’)irriter. Ce qui me met à renaud, c’est d’être entiflé [marié, en ménage avec] de C (Dict. compl. arg., 1844, p. 37). [T.] est en renaud contre le bougne [bougnat], ce lavedu [individu quelconque] lui a refusé le crayon, et pas poliment (Pt Simonin ill., 1957, p. 247).
B. Vigoureuse protestation, querelle démonstrative, reproche.
Chercher (du) renaud (à qqn). Chercher querelle. (Dict. fin XIXe et XXe s.).
C. Tapage, bruit. Ce fut encore l’occasion de bien des imprécations. Il y eut du renaud dans la turne (A. HUMBERT, Mon bagne, 1880, p. 106).
Faire du renaud (ou, plus rarement, de la renaude). Faire du tapage. Il faut être sûr [que les coupables sont là] avant de faire du renaud (VIDOCQ, Mém., t. 3, 1828-29, p. 191). J’tairai pas ma gueule. J’f’rai d’la r’naude, j’rouspét’rai, J’en ai soupé, faut qu’j’les engueule ! (BRUANT ds FRANCE 1907).
D. Danger. J’ai rêvé de greffiers, c’est signe de renaud (VIDOCQ, Vrais myst. Paris, t. 5, 1844, p. 11).
Prononc. : []. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1673 « chicane, colère, mauvaise humeur » (d’apr. ESN.) ; 1904 (Nouv. Lar. ill.) ; b) 1844 mettre à renaud « contrarier » (Dict. compl. arg., p. 37) ; c) 1886 mettre en renaud « mettre en colère » (d’apr. ESN.) ; 2. 1798 « bruit, tapage » (Pièces du procès d’Orgères d’apr. ESN.). Déverbal de renauder*. Bbg. CHAUTARD Vie étrange Argot 1931, p. 665.

source : TLF