Celui qui n’écrit pas

Ah, la belle fable, que celle que nous proposait avant-hier Emmanuel Pernoud dans son « Rebonds » de Libé !... C’est le pauvre Socrate, le « clochard-philosophe » à « l’ironie permanente », qui serait dans le collimateur des réformes actuelles, et que notre-Président-loué-soit-il voudrait remettre « au boulot ». Pas assez de publications. Et c’est l’autre — pas même nommé —, celui qui épate par « le nombre de ses publications annuelles », celui qui a « fondé une académie », et qui est « lié aux meilleures familles de la cité », c’est cet autre qui serait le modèle de notre-Président-loué-soit-il... Le coup des deux philosophes : la paire infernale ! À l’évidence, Emmanuel Pernoud prend fait et cause pour le premier, au détriment du second : celui-ci, dit-on, se serait inspiré des « bavardages » de celui-là.

On se demande quand même un peu si c’est en portraiturant les gentils chercheurs comme autant de Socrates dilettantes qu’on se battra contre le vieux préjugé selon lequel nous sommes des « fainéants » vivant « au crochet de la société » ; si c’est en caricaturant Platon en suppôt des puissants, qui en plus vole le travail de son petit camarade, que l’on donnera un bon apercçu de la façon dont circulent (ou devraient circuler) les idées. On se demande surtout si Emmanuel Pernoud n’est pas, une fois de plus, tombé dans le panneau, reconduisant la fable — écrite par... Platon ! — qu’on nous ressert depuis deux millénaires et demi : Socrate, celui qui n’écrit pas...

Je l’entends d’ici, la paire infernale, rire de bon cœur depuis le fond des âges du tour qu’elle nous a une fois de plus joué — franchement, cette petite carte postale parue mardi matin dans Libé, qui l’a écrite ?