Le free jazz : musique « révolutionnaire » ? (l’art, l’histoire, l’événement)

un autre travail pour les mois à venir

Sous forme d’une lettre, le (pré-)programme d’une intervention que je ferai au mois d’avril prochain, à l’université de Rennes-2. J’y poursuivrai, en particulier, le travail commencé presque un an plus tôt autour du concept d’événement, dont une première trace était déjà lisible ici. Ici comme ailleurs, la mise en ligne vise à permettre, rétrospectivement dans quelques mois, de mesurer l’écart entre l’intention et ce qui sera réalisé — de voir donc, comment la pensée travaille.

Salut J., 
et très bonne année à toi (puisque c’est de saison),

(...) je n’ai pas eu le temps de te rédiger un « résumé » en bonne et due forme, comme je prévoyais de le faire. Si tu en as impérativement besoin pour ta réunion demain, dis-moi, et je ferai ça, un peu en urgence, ce soir. J’ai, ceci dit, déjà un titre (a priori définitif) : Le free jazz : musique « révolutionnaire » ? (il va sans dire que je tiens fortement aux guillemets et, surtout, au point d’interrogation), et j’ai même un sous-titre (peut-être moins définitif, mais à peu près) : l’art, l’histoire, l’événement. En quelques mots, ce que j’envisage :

1. Puisqu’il s’agit de parler à des étudiants de master, et non spécialistes de musique, je commencerai par redonner quelques points de repères historiques et musicaux (au passage, puisque c’est le thème général du séminaire, je ferai bien sûr un détour par la querelle, les scandales, etc. qui ont accompagné l’émergence du free), et j’exposerai, d’abord « naïvement », la thèse plus ou moins habituelle en la matière, celle d’un lien à peu près direct et nécessaire entre ces entités supposées connues : « free jazz » et « black power » (Free jazz Black power, tu le sais peut-être, c’est le titre d’un ouvrage classique sur le sujet, celui de Carles et Comolli en 1971). Ou, pour le dire autrement : le free jazz comme musique (ou : hymne ?) du Civil Rights Movement

2. Je poursuivrai en questionnant un peu cette thèse, non tant dans sa pertinence que dans sa forme théorique. Ce qui m’amènera à poser — en passant très brièvement par Marx, Benjamin et Derrida — qu’une « révolution » procède nécessairement d’un « événement », et de là à me demander ce que cela peut être, un événement. Et à me demander si cela peut être « dit », « mis en forme » par l’art. Mais aussi bien : si cela peut être « dit », « mis en forme » par autre chose que l’art. Bien entendu, il faut alors voir dans quelle mesure ce « dit », cette « mise en forme » participent à la production de l’événement, de l’événementialité de l’événement. Je tenterai alors, si j’en trouve le temps, de mettre en relation la figure de l’ange chez Benjamin avec celle du spectre chez Derrida.

3. En retour, j’essaierai d’examiner comment cette ré-élaboration « théorique » peut venir affecter notre perception et notre analyse du free jazz. Là, je suis un peu moins sûr de ma façon de procéder, cela sera peut-être à partir d’un court texte de Derrida, peu connu, où se mêlent le thème de l’événement et la musique d’Ornette Coleman.

Tout cela se fera avec, pour « horizon », les pensées de Benjamin et de Derrida, en tentant de faire droit, en contrepoint, à certaines critiques d’Adorno. Et tout cela, il va sans dire, en trente minutes chrono, et en restant compréhensible, bien entendu ! (coupes à prévoir dans le schéma démonstratif ci-dessus...)

bien amicalement à toi,
B.