l’œuvre d’art dans le second XXe siècle

inadaptation, adaptations, résistances

Texte de présentation d’une demi-demi-journée ( !) du colloque en préparation pour les 15 et 16 juin prochains. Ce texte a été écrit à quatre mains, avec ma camarade Aude Haffen, angliciste à Paris 3 ; il n’est pas encore stabilisé entièrement, je mets ici deux versions en cours (on triera après). Voir aussi le projet de mon intervention elle-même. — Ajout du 25.9.07 : les enregistrements des interventions du colloque sont désormais disponible en ligne sur le site du colloque, grâce aux bons soins de votre serviteur...

L’œuvre d’art dans le second XXe siècle : inadaptation, adaptations, résistances — version 1

Bien plus qu’à une fin de l’histoire, c’est à une accélération de celle-ci que le XXe siècle a donné à la société d’assister. La rationalisation et la technologisation du monde sont allées sans cesse croissantes, avec — reconnaissons-le — les progrès et les bénéfices que l’on sait, mais également avec ses excès et ses désordres. Le domaine de la création artistique et littéraire, qui ne saurait — faut-il le rappeler — être autre que contemporaine de la société qui la voit naître, n’est pas resté intouché par les mutations de celle-ci. Néanmoins, il faudrait être bien aveugle pour ne pas reconnaître que quelque chose, dans l’art, est en conflit ouvert avec le fonctionnalisme croissant : quand bien même le phénomène n’est pas entièrement nouveau, il est peut-être permis de penser que jamais l’art n’a été aussi inadapté au monde qui l’entoure, que dans la seconde moitié du XXe siècle. À mesure que l’art devient culture et que la culture devient industrie culturelle, les louables intentions de l’accès à la culture pour tous finissent par participer elles-mêmes à la désartification. C’est simple affaire de survie, pour la création contemporaine, que de « faire avec » le monde tel qu’il est ; de cette survie on ne saurait douter, puisque que le souffle vital et la pulsion créatrice ne sont pas éteints. Il faut renvoyer dos à dos les nostalgiques du passé, contempteurs de ce qui se crée aujourd’hui, déclinistes et théoriciens de la « mort de l’art » d’une part, et d’autre part les admirateurs béats de tout ce qui voit le jour — et donc de rien —, au nom de sa prétendue « actualité », au sein d’un relativisme culturel à coup sûr mortifère. Il faut aller interroger et traquer, au risque de l’erreur parfois, les contenus réels des formes contemporaines, avec les mêmes exigences et dans les mêmes dimensions qu’on le fait pour les formes du passé. Modestement, mais avec grande conviction, c’est ce que nous voulons faire.


L’œuvre d’art au second XXe siècle : inadaptation, adaptations, résistances — version 2

Bien que le phénomène ait ses origines au XIXe siècle, c’est sans doute le XXe siècle qui a donné à voir l’accélération et l’accomplissement de la domination du monde par la rationalité technique. Aucun pan de la société n’est resté indemne sous l’effet de cette profonde mutation, et certainement pas celui de la création artistique ; plus qu’aucun autre, ce domaine était — est toujours — le plus rétif à cette mise au pas forcée, et il est permis de penser que l’autonomisation croissante de l’art — qui a culminé au cours du XXe siècle — a été déterminée, fût-ce négativement, par cette volonté de domination. Le divorce est allé croissant : plus que jamais, c’est bien d’une inadaptation de l’art à la société contemporaine qu’il faut parler. À l’heure de la culture de masse désesthétisée, le droit à l’existence même de l’art est devenu problématique. Sur ce champ de ruines, les « artistes » — le mot lui-même ne va plus sans guillemets — du dernier XXe siècle, parce qu’il leur fallait survivre, parce que le souffle vital ne les a pas quitté, ont dû tout à la fois s’adapter et résister : à ne pas suivre le mouvement, ils auraient péri à coup sûr, et à le suivre trop bien, ils auraient trahi l’histoire qui les porte et abandonné leur nécessaire place dans la société. Plus que jamais il est urgent de défendre ceux des « artistes » qui méritent encore — fût-ce de façon éminemment problématique — ce nom.