L’articulation

« Peut-être qu’être poète, c’est articuler. » : c’est Antoine Emaz qui l’écrit, que nous offre à lire François Bon ce matin. Et la coïncidence veut que ce soit précisément le jour où j’entame le troisième chapitre de la seconde partie de De la grammatologie, intitulé : « L’articulation » (p. 327-378).

Autour de ce mot ou concept, et dans le renversement qui semble s’être opéré, ici avec Emaz, depuis Rousseau [1], deviendrait peut-être lisible ce « mouvement lent dont la nécessité se laisse à peine percevoir » (DLG, p. 15-16), savoir, le débordement de l’ère (phal)logocentrique par le concept d’écriture ?

[1] « Enfin arriva la catastrophe qui détruisit les progrès de l’esprit humain sans ôter les vices qui en étoient l’ouvrage : L’Europe, inondée de barbares et asservie par des ignorants, perdit à la fois ses sciences, ses arts, et l’instrument universel des uns et des autres, savoir, la langue harmonieuse perfectionnée. Ces hommes grossiers que le nord avoit engendrés accoutumèrent insensiblement toutes les oreilles à la rudesse de leur organe ; leur voix dure et dénuée d’accent étoit bruyante sans être sonore. L’empereur Julien comparoit le parler des Gaulois au coassement des grenouilles. Toutes leurs articulations étant aussi âpres que leurs voix étoient nazales et sourdes, ils ne pouvoient donner qu’une sorte d’éclat à leur chant, qui étoit de renforcer le son des voyelles pour couvrir l’abondance et la dureté des consones. »

Essai sur l’origine des langues, ch. XIX.