fausse querelle ?

une réponse à Alain Duhamel, sur la laïcité

Alain Duhamel publie ce matin dans Libération la livraison de sa chronique hebdomadaire, intitulée aujourd’hui : « La fausse querelle de la laïcité ». Je ne vois pas en quoi le fait qu’il est fort probable qu’il ne la lira pas devrait m’empêcher de lui faire une réponse.

Apparemment, Alain Duhamel et moi n’avons pas dû lire (intégralement, bien entendu, un discours ça se lit patiemment et intégralement, sur cela on est d’accord) les mêmes deux discours... Il va de soi qu’il n’a jamais été question de la moindre évolution législative, dieu merci (si je puis dire !), et que Sarkozy est bien trop malin pour n’avoir pas, au sein de son prêche, fait mine de rappeler qu’il était respectueux de la liberté de ne pas croire. N’en reste pas moins que ces deux discours, et quelques incises ici ou là ailleurs (le coup des « deux grands défis du XXIe s. », etc.), constituent une attaque frontale non seulement du camp laïc, mais de la laïcité elle-même. Provocation, leurre, piège où la gauche est tombée massivement ? Peut-être. Et, de fait, on ne peut que sourire du hiatus entre le discours du chanoine sur la frénésie de consommation matérielle, et les occupations du président avec sa petite amie, le week-end à Disneyland. Mais l’enjeu est bien trop grand pour qu’on se permette de ne pas être immensément exigeant, et vigilant. Ce n’est pas à Alain Duhamel que l’on va apprendre que tout ne se joue pas uniquement dans les textes législatifs, mais que les discours, les mots, surtout ceux d’un président, ont une importance et un impact très réels, qui peuvent se traduire plus tard de façon extrêmement concrète (inutile de rentrer ici dans la leçon d’histoire, proche ou lointaine). Et ce, d’autant plus à notre époque où les moyens de communication rendent « performatifs » ces discours comme jamais ils ne l’ont été. Ce n’est pas Alain Duhamel, grand pourfendeur de la démocratie d’opinion, qui me contredira sur ce point.