Sous les applaudissements

scènes du fascisme ordinaire

Voir sur rue89.com : « coups de matraque sous les applaudissements ».

La situation se dégrade dans les universités. À Nanterre (Paris X), une AG avait voté le blocage pour hier : 800 voix pour, une majorité. Tout le monde ne reconnaît pas cette légitimité : c’est là quelque chose que je peux comprendre, c’est à discuter, quel que soit mon avis par ailleurs. On a encore le droit au différend, et c’est tant mieux. D’autres étudiants, donc, sont contre le blocage et veulent aller en cours : pourquoi pas. Le président de la fac réquisitionne les CRS pour déloger les bloqueurs : c’est son droit, il est dans son rôle (enfin... ça dépend de la conception qu’il se fait de son rôle [1]). Les CRS, réquisitionnés, font ce qu’ils ont à faire : c’est leur boulot, ils ont des ordres, j’ai du mal à leur en vouloir personnellement, même si je ne suis vraiment pas un fan des uniformes et des matraques. Quelques coups de matraques, donc : pas vraiment des images qu’on aime voir, mais heureusement, cela s’est passé sans trop de dégâts, apparemment pas de blessés, pour ce qu’on sait. Jusque là rien de très grave : on a l’habitude. Et les étudiants bloqueurs ne sont pas des enfants de chœur, pour l’instant le mouvement est mené par des groupes d’extrême gauche, je ne pense pas que ce soit la première fois qu’ils goûtent à des lacrymos, ils s’en remettront.

Ce dont pour ma part je ne me remets pas, ce qui file franchement la nausée : les images des “anti-bloqueurs” criant « Allez les bleus ! » pour soutenir les CRS jouant de la matraque, et applaudissant à la fin de la charge.

Il y a un nom pour cela : c’est rien moins qu’un (pré-)fascisme — un archi-fascisme, si je veux être précis (archè : l’origine) [2]. La métaphore footbalistico-sportive, que ces connards (pardon : étudiants dont je ne partage pas l’opinion) trouvent malin d’utiliser, est loin d’être innocente (qu’ils en aient conscience ou non — et c’est probablement non) : confondre la vraie vie avec un stade, se croire au spectacle, c’est s’engager sur la voie (hélas, l’a-t-on jamais quittée ?) de l’esthétisation du politique, et ceci dans le moment même de l’exercice de la violence [3] — ce qui a fait, historiquement, le noyau dur des fascismes.

Il y a des jours où j’ai mal au monde.

[1] Nous avons la chance, à Paris 8 - St-Denis, d’avoir une direction un peu moins con. Et j’ajoute que je fais une différence entre le président de Paris I, quand il fait débloquer le site de Tolbiac en raison des problèmes de sécurité spcécifiques que pose le bâtiment (qu’il ferme, administrativement, aussitôt), et le président de Paris X, dont le souci semble être que ses petits étudiants en droit (la discipline est-elle un hasard ? je vous en laisse juge...) puissent aller en cours normalement.

[2] Et j’ajoute que je fais partie de ceux qui essaient de ne pas manier l’insulte fasciiiiste à tort et à travers. Et j’ajoute également que je ne pense pas qu’il y ait une réelle menace de dérive fasciste dans ce pays (l’Europe dans son entier est sortie du risque totalitaire en tant que tel), que je ne cherche pas spécialement à crier au loup — ce qui ne m’empêche pas, ce qui ne doit pas empêcher de constater les trop nombreuses affinités qui existent entre une partie (je dis bien : une partie — les choses sont bien trop complexes) de la politique mise en œuvre par l’actuel gouvernement (et avec l’idéologie qui la sous-tend) et ce qui a été au cœur des pires expériences du siècle passé.

[3] Et je ne cherche pas à savoir si cette violence est légitime ou non : encore une fois je le répète, ce qui me dérange, ce ne sont pas les matraques des CRS — quand bien même, évidemment, je n’en suis pas pour autant un fervent supporter.