Donc, cette bizarre « entreprise »...

explications avec moi-même

Au milieu de l’été, j’avais un peu de temps au calme, j’ai voulu en profiter pour écrire. Et voir aussi si je pouvais « faire quelque chose » de bribes éparses que j’avais notées sur des carnets, pendant presque deux ans. Je suis parvenu à un premier texte, d’une certaine longueur : 30 ou 40 000 signes. C’est beaucoup plus long que presque tout ce que j’ai pu faire auparavant, pour un texte « littéraire » (je mets de côté la tentative de « roman » de mes quinze ans...) — c’est en même temps à peu près ce qu’il peut m’arriver d’écrire en une journée (une journée faste), dans mes attributions « universitaires » (communication à écrire en urgence pour colloque le lendemain, p. ex.). Je ne sais pas si c’est beaucoup ou si c’est peu. C’est assez en tout cas pour que le retravail ensuite — à chaque fois tout recopier du début, sans s’autoriser de copier-coller — me prenne un certain temps. Au fil des deux ou trois réécritures, j’ai changé et surtout enlevé beaucoup de choses — j’en ai rajouté quelques unes. La dernière réécriture s’est arrêtée en plein milieu : je n’avais plus l’énergie pour un texte, pour un projet sans réel projet dans lequel je n’arrivais pas à croire, que je n’arriverais jamais à assumer. Le texte reste depuis quelque part, « en souffrance », dans un recoin de mon disque dur. Je n’ai plus du tout l’intention de le reprendre (ça reviendra, peut-être, qui sait — mais j’en doute). Seul reste le commentaire ci-dessous, que j’ai rédigé « en marge », au moment où je cherchais à retrouver une motivation, un espoir pour continuer. Ce « commentaire » (je voudrais un autre mot) porte en lui la présence, en creux, du texte qu’on ne lira pas : c’est le seul mode d’existence que j’aie jugé acceptable pour ce qui m’a occupé (ce qui m’a épuisé) pendant plusieurs jours. Je ne sais pas si la lecture dudit texte aurait rendu ce qui suit moins énigmatique — à un mois de distance même pas, je ne suis pas sûr moi-même de tout déchiffrer de ce que j’ai voulu écrire. « Qu’importe. » C’est, aussi bien, le constat d’un échec, infiniment douloureux.

Donc, cette bizarre « entreprise » (pas même un projet).

Bien entendu je n’ai aucune idée, réellement, de son point de départ : puisqu’aussi bien, ce que j’ai entrepris, quelques jours après le 15 juillet dernier, avait déjà commencé, probablement (peut-être même depuis près de deux ans). Et bien sûr, mais c’est déjà plus « normal », pas idée non plus de ce que sera (de ce qu’est, déjà ?) son point d’arrivée — s’il doit en être un.

Il faut bien pourtant tenter de partir de quelque part, et ce pourrait être ici (essayons) : je n’ai pas écrit le 16 juillet (pas même les deux ou trois lignes qui portent cette date : elles ont été ajoutées après coup). Je rapporte ceci, évidemment, à tout ce qui avait précédé. Et par exemple : le 25 mai, j’ai eu besoin (j’ai ressenti le besoin, j’ai cru ressentir le besoin, etc. : mais c’est bien finalement la même chose) d’écrire, après que le 24 mai déjà j’ai eu écrit. Il va de soi, précisément, qu’il ne s’agit pas du même écrire (pour ainsi dire : « une certaine modalité d’écrire », suivant l’expression de Le carnet posthume de R. Laporte). Il n’est pas tout à fait impossible qu’on soit déjà, ici, au cœur de la question — au cœur du problème.

(Où l’on s’y perd cependant un peu (c’est presque inévitable) : ce qui porte dans le texte la date, respectivement du 24 et du 25 mai, n’est pas ce qui a été écrit ce jour-là — ou plus exactement, mais cela revient au même : n’est pas tout ce qui a été écrit ce jour-là.)

Je décline encore : le 28 novembre de l’an dernier, j’ai voulu écrire — je ne sais pas dans quelle mesure j’y ai réussi ou non, mais je crois bien que c’est exactement cela que j’ai fait. Je ne sais pas si l’envoi du texte fut causé par ce que je pensais y avoir réussi, ou au contraire par ce que je savais y avoir échoué. (C’est volontairement que j’insiste ici sur le fait qu’il s’agit bien de réussir ou non à écrire (encore une fois : « une certaine modalité d’écrire »), et non pas d’écrire un texte plus ou moins « réussi » — même si on peut supposer que les deux questions, sans se confondre, ne sont pas nécessairement sans rapport, pour peu que l’on ait pris soin de donner un sens convenable (i.e, littéralement : qui convient) à ce que pourrait être, si une telle chose existe, un texte « réussi ».) Quoi qu’il en soit, le texte fut envoyé : de là, précisément, la confusion (peut-être recherchée) qui s’en est suivie, avec les conséquences qu’on sait. Ou bien, ce n’est après tout pas impossible : avec les conséquences qu’on ne sait toujours pas, ou pas entièrement.

Tout aussi bien, j’en suis absolument persuadé, à ce moment-là on était d’ores et déjà dans les conséquences : celles, assurément, de la scène du 18 novembre (il faudra que j’y revienne, ne serait-ce que pour expliquer ce mot, scène). Et encore une fois, de la même façon : cette scène, je n’ai pas arrêté de l’écrire depuis (en un sens même : je n’ai écrit que cela, je n’ai rien fait d’autre que l’écrire, et bien sûr ici encore), et peut-être sous différentes « modalités » d’écrire — mais pas en tout cas sous une certaine modalité, que je recherche et qui semble être un des nœuds de l’affaire. Et, qui sait (« qui sait »), je suis peut-être ici-même en train d’essayer. (Mais, à tout le moins : c’est très loin d’être sûr.)

Je remonte encore dans le temps, à ce que j’ai choisi dans le texte comme origine (et j’ai longtemps cru (mais ce n’est plus le cas) qu’il s’y agissait en effet de l’« origine », de la « scène primitive » (au sens de « constitutive » — mais pas uniquement) ; en un certain sens et sous un certain angle, tout autre, je commence de nouveau à penser que c’est peut-être le cas) : le 11 avril, non pas tant pour le geste d’éloignement (bien qu’il m’ait semblé, après coup, qu’il était bien précisément dans la logique de l’é-loignement (cf. Ph. Lacoue-Labarthe)), non pas tant donc pour ce geste que pour l’impossibilité que j’ai rencontrée, éprouvée (ex-périmentée, peut-être, ici encore en pensant à L.-L.) en voulant y répondre — en voulant écrire une réponse. Et de fait, en un sens, les trois tentatives de réponse, si elles ne furent pas envoyées, c’est probablement parce que j’avais acquis la certitude qu’elles n’étaient pas des réponses — et non pas, finalement, parce que je les avais jugées inopportunes (elles l’étaient). (Ou au moins est-ce vrai de la première tentative, les deux autres n’ayant fait que la mimer, maladroitement.)

J’y reviens donc, et me forçant à me concentrer toujours sur le seul aspect qui doit (qui devrait) m’intéresser ici. Il s’agit bien de la possibilité (de l’impossibilité), pour moi, d’écrire. (Je tiens fortement au « pour moi » : au-delà on est dans autre chose, qui n’est évidemment pas sans rapport, mais sur lequel je ne crois rien pouvoir ajouter de décisif, à ce qui a été écrit déjà (Blanchot, pour n’en citer qu’un, puisque c’est à lui que je pense ici).) Il y a une réponse, (trois fois) écrite mais jamais envoyée, qui en parvenant — il s’en fallut de plusieurs heures, cette nuit-là — à ne pas s’adresser à sa destinataire, avait rejoint (rien qu’un instant, mais ce fut déchirant) un geste de « vraie » écriture (avec tous les guillemets nécessaires ; et encore une fois cela n’a rien avoir avec une « qualité » littéraire, qui en l’occurrence n’y était certainement pas), mais que j’ai le plus grand mal à considérer « intransitive » (je me demande s’il ne faut pas abandonner cette question (ou bien la poser autrement) — ce qui ne veut surtout pas dire, et peut-être ici serait une part du problème, revenir à une conception « transitive » de l’écriture). Il y a un texte qui était seulement « un texte » (comme il y en a tant d’autres), qui n’était pas une lettre, qui surtout n’était pas une « déclaration », mais qui utilisait les pronoms « je » et « tu », et un prénom aussi, le prénom justement de celle à qui le texte fut envoyé : la confusion (je maintiens qu’il y en eut une), certainement, était légitime. Il y a cette série de courts textes (un « jeu formel », oui, mais à condition d’entendre « jeu » dans son sens le moins gratuit, ou peut-être même dans le sens où l’on dit qu’il y a « du jeu » entre les pièces d’une mécanique, comme le suggère V. Novarina), mais qui impose le lendemain un long morceau, que je me borne à qualifier de nettement moins formel (mais lequel des deux est le plus proche d’« une certaine modalité d’écrire », que je recherche ? — j’ignore à ce point ce que je cherche que je suis bien incapable de répondre). Et puis, il n’y a pas de texte les jours qui suivent le 15 juillet, pas même une tentative. Je suis de plus en plus certain que je ne suis pas, après coup, en train d’écrire (fût-ce de façon détournée) ce qui ne l’a pas été sur le moment ; en revanche, cette bizarre entreprise consiste peut-être, d’une certaine façon, à tenter de comprendre pourquoi, justement, ce texte n’est jamais venu. J’ajoute : de comprendre les raisons qui tiennent à l’écrire lui-même, à son (im)possibilité — y compris une fois reconnu qu’il y a évidemment des raisons autres (je ne dis surtout pas : extérieures, c’est même là que tout (ou presque) se joue).

Aussi bien, je me méfie énormément de ce que je suis en train (d’essayer) de faire : m’expliquer, quand bien même ce serait uniquement avec moi-même. Et je me méfie, encore plus, de la « certaine modalité d’écrire », une certaine langue un peu rhétorique ou discursive, qui va avec cette « explication », alors même que (ou plutôt : précisément parce que) c’est celle qui me vient le plus facilement, le plus « naturellement » (mais elle n’a justement rien de « naturel »).

Aussi bien, donc, il vaut peut-être mieux que j’essaye de partir d’ailleurs (même si c’est pour retomber au même endroit (c’est inévitable) — pour ne rien dire de la « modalité d’écrire ») :

Donc, cette bizarre « entreprise » (pas même un projet).

Si je m’y suis lancé, c’est sans doute précisément parce qu’elle ne requérait pas de moi de m’y « lancer » : j’avais déjà, avec moi, dans mes carnets et sur mon ordinateur, la matière brute qui en compose l’essentiel.

(Et puisque, au même moment où je tente de rédiger ceci, que, faute de mieux, je me résous à nommer un « commentaire », puisqu’au même moment, donc, j’essaye d’aborder les choses (les mêmes choses) sur un autre front, celui du « récit » (ici encore, faute de mieux — puisque M. Blanchot, La folie du jour : « Un récit ? Non, pas de récit, plus jamais. »), je me rends bien compte de l’extrême difficulté qui est, toujours, la mienne, au moment de me lancer — et disant cela j’ai bien conscience de ce que je suis déjà mis en échec : impossible de m’extraire (au moins en apparence — « oui mais », précisément...) à ce qui ressemble à un vieux poncif (la « page blanche », etc.), qui pourtant est à mille lieues (en tout cas : je crois) de ce que je cherche à dire (à écrire). Et malgré tout cela, il n’en reste pas moins que...)

Ce qu’il s’agirait de comprendre : mon problème concerne cette « matière brute », mais non pas en tant qu’elle serait trop « brute », bien au contraire en ce que je la crois « déjà formée », pour ne pas dire « inerte » (peut-être je devrais même dire : objectivement inerte). Ce qui n’est pas (très ? du tout ?) clair, c’est le pourquoi : 1) il me suffit de relire (et à vrai dire : je n’ai pas même besoin de relire ; peut-être c’est ici l’injonction, mon il faut — ma défaillance) ces fragments pour revenir, autant qu’il est (im)possible, aux sentiments qu’il cherchaient à exprimer ; 2) je crois ces fragments assez fidèles (ici encore : autant qu’il est (im)possible) à ces sentiments ; 3) je crois qu’il me faut (là encore, un il faut — une défaillance) écrire ces sentiments. Autrement dit : c’est parce que je ressens, subjectivement, cette matière comme hautement non inerte que je ne peux me défaire du soupçon qu’elle est, objectivement, parfaitement inerte. À vrai dire c’est même plus qu’un soupçon : j’en suis presque persuadé ; et il s’en faut d’un tout petit doute (mais combien tenace ! mais combien important !) que je n’aie déjà abandonné entièrement l’entreprise.

En réalité il n’est pas tout à fait impossible que je sois (mais aussi bien, cela ne serait alors en rien propre à moi) condamné, en ces temps de désœuvrement, à ce qui n’est peut-être pas même un ressassement éternel : peut-être seulement un « bavardage »... Non seulement bien sûr ce que je cherche à dire est probablement périmé depuis longtemps, mais qui plus est le commentaire qui le périme a lui-même déjà été écrit (et autrement mieux que je ne pourrais faire), si bien que mon « commentaire » lui-même (ces lignes) est déjà périmé. Je ne peux tout au plus, dans un premier temps en tout cas, que reprendre le commentaire (je l’avais déjà ébauché ailleurs) de ce qui périme mon commentaire.

Tout est dit, ou presque, en quelques phrases du chapitre « Écrire » des Fragments de Barthes. Et d’abord ceci :

« Savoir qu’on n’écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j’aime, savoir que l’écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu’elle est précisément là où tu n’es pas — c’est le commencement de l’écriture. »

Cela fait bien trop longtemps que je connais ces lignes pour ne pas les avoir parfaitement intégrées : oui, je crois bien que je « sais que ... », et je crois bien aussi que je ne saurais résolument accepter d’autre point de départ (d’autre commencement) que celui-là. (Peut-être, cependant, je forge un peu le soupçon, depuis une remarque que j’ai lue il y a quelques jours, dans l’avant-propos de Philippe Lacoue-Labarthe au Carnet posthume de Roger Laporte, que l’on pourrait adresser au moins un reproche à Barthes, dans cette formulation. Mais tout autant c’est encore assez confus pour moi, et surtout je ne sais pas si, au fond, je pourrais m’en tirer à si bon compte.) Je suis, donc, absolument convaincu par cette phrase de Barthes, et « malgré tout » je mentirais tout à fait si je prétendais que, depuis deux ans, je n’ai pas cherché, constamment, à la faire mentir. Fût-ce, bien entendu, en continuant à accepter ce commencement, en m’y confrontant : là serait l’un des points de tension majeurs.

Une ou deux pages plus tôt, dans le même chapitre, on lit ceci :

« Ce qui bloque l’écriture amoureuse, c’est l’illusion d’expressivité : écrivain, ou me pensant tel, je continue à me tromper sur les effets du langage : je ne sais pas que le mot « souffrance » n’exprime aucune souffrance et que, par conséquent, l’employer, non seulement c’est ne rien communiquer, mais encore, très vite, c’est agacer (sans parler du ridicule). Il faudrait que quelqu’un m’apprenne qu’on ne peut écrire sans faire le deuil de sa « sincérité » (toujours le mythe d’Orphée : ne pas se retourner). Ce que l’écriture demande et que tout amoureux ne peut lui accorder sans déchirement, c’est de sacrifier un peu de son Imaginaire, et d’assurer ainsi à travers sa langue l’assomption d’un peu de réel. »

Et là, assurément, les choses sont nettement plus graves.

Il va de soi, bien entendu, que cela n’est en rien spécifique à l’écriture « amoureuse » (ou peut-être, au fond, que toute écriture est amoureuse) — à ceci près qu’on y est en effet, peut-être encore plus qu’ailleurs, « très vite » ridicule.

(Me revient ceci : quelqu’un (un « grand amateur » de Proust, qui ne jure que par lui) me disait un jour (c’était avant que je n’aie lu Proust) qu’il trouvait l’ensemble de la Recherche extrêmement drôle, sauf la mort de la grand-mère (il s’empressait d’ajouter : « qui est en fait la mort de la mère », comme si la surdétermination biographique pouvait apporter quoi que ce soit), « qui est un passage absolument déchirant ». Je ne me souviens pas avoir trouvé cela, quand je l’ai lu, « absolument déchirant » (je ne rentre pas dans le commentaire de la Recherche... mais tout le monde sait bien que non seulement ce passage n’est pas du tout déchirant, mais surtout il ne cherche aucunement à l’être — il cherche à ne pas l’être, puisque le déchirement surviendra après coup). Il y en aurait donc à qui les arbres ont encore quelque chose à dire... Autrement dit : sans doute « l’écriture amoureuse » est-elle encore capable de toucher les Emma Bovary des temps modernes — il y en a — ; et il faut probablement ajouter que tout le monde a sûrement un petit côté Emma Bovary caché quelque part (« Madame Bovary, c’est nous » ?). Plus intéressant peut-être : les pages « je la regarde dormir » dans La prisonnière. Peut-être parmi les plus belles pages de la Recherche, et exemple (« déchirant » ?) d’écriture « amoureuse » réussie... Pourtant, il me semble évident qu’on ne peut pas suspecter Proust de n’avoir pas, même sans l’avoir lue, retenu la leçon de Barthes.)

Je m’arrête là dans le commentaire de ce deuxième passage de Barthes, pourtant il y aurait encore beaucoup à en dire (j’ai essayé ailleurs). Peut-être même tout y est déjà dit de ce que j’essaye de surmonter. Là où je veux en venir (c’est dans la même page) :

« Vouloir écrire l’amour, c’est affronter le gâchis du langage : cette région d’affolement où le langage est à la fois trop et trop peu. »

Évidemment ici encore on peut (on devrait) supprimer « l’amour » :

Vouloir écrire, c’est affronter le gâchis du langage...

Ce qui m’importe surtout, c’est cette région d’affolement : y a-t-il quoi que ce soit qui mérite d’être écrit, hors de cette région d’affolement ? Que précisément c’est cet affolement qui commande à l’écriture (parce qu’aussi bien, évidemment, l’affolement n’est pas que dans le langage, quelle que soit l’idée — sentiment réel ou simple pathologie fantasmagorique — que l’on se fasse du « sentiment amoureux ») — il n’est pas impossible que l’on soit même là à un des cœurs de la question de l’écriture : « Ce qui m’oblige d’écrire, j’imagine, est la crainte de devenir fou. », c’est ce qu’écrivait Bataille, et que relève Lacoue-Labarthe.

« Ce qui m’oblige d’écrire, j’imagine, est la crainte de devenir fou. »

Je crois que mon ressassement, mon bavardage a réussi néanmoins à toucher ceci de juste : il me faut écrire, il me faut affronter le gâchis du langage en sa région d’affolement, parce qu’il en va de ma crainte de devenir fou.

Je crains de devenir fou. (Peut-être je crains, également, de ne pas ou plus l’être ?)

À mesure que je recopie, que je tente d’élaguer : je me dis que l’entreprise est vouée à l’échec. Tout est bon pour la poubelle, il n’y a rien à faire de tout cela.